2004-2005 : Croyance et Connaissance

Image mise en avant cycle 2004-2005

Présentation du Cycle « Croyance et Connaissance »

Croyance

Depuis des millénaires les hommes doivent vivre avec ce qu’ils ne peuvent expliquer. Toute croyance permet de nommer, reconnaître et apprivoiser ce qui fait peur. Aujourd’hui malgré un société laïcisée on assiste à une certaine « résurgence du religieux ». Pourquoi ?

Connaissance

L’héritage des Lumières a déclenché une évo­lution vers toujours plus de science, moins d’irrationnel. Ce mouvement, que l’on croyait inexorable, à présent piétine : la science ne résout pas tout, la masse d’information nous dépasse. L’espoir de pouvoir ainsi répondre à la question du sens de l’humanité s’éloigne.

Inséparables

Souvent considérées en contradiction, ces deux notions se croisent sans cesse : au coeur de la science se trouve le postulat, il n’y a pas de croyance sans objet connu. La quête de sens, l’interrogation éthique et la pratique sont toujours à l’intersection de la connaissance et la croyance.


Le corps entre croyance et connaissance

Résumé de la conférence du 21 octobre 2004 – Avec Annie Hubert, anthropologue, chercheur au CNRS et spécialiste des pratiques alimentaires

Introduction


Le regard que nous portons sur notre corps a considérablement changé à travers les siècles. Pourtant, essentiellement, notre corps est resté le même, dans son aspect et dans ses fonctions. Depuis longtemps il est l’objet de recherche scientifique qui accumule de plus en plus de connaissances sur lui. En même temps, c’est lui qui produit et garde cette connaissance.

De l’autre coté il est le siège de l’identité d’une personne, de pensées et de sentiments, et à ce titre, objet de croyance.
Qu’expriment ces deux pôles de l’appréhension de notre corps ?
Sont-ils contradictoires ou complémentaires ? Comment fonctionnent-ils ensemble ?

Penser le corps ?

Annie Hubert

Chaque culture pense le corps, que ce soit en rapport à ses fonctions, à son lien à l’être ou à ses transformations. Les croyances sur le corps sont autant de manières de penser le corps, des images projetées sur le corps-sujet.

Dans la tradition dualiste qui a marqué notre culture occidentale depuis les Grecs jusqu’au modernisme, le corps matériel était opposé à l’âme immatérielle. Il était souvent perçu comme la prison corrompue de l’âme, vile enveloppe dont on doit se défaire par diverses purifications (et mortifications) si l’on désire s’approcher du divin.

Aujourd’hui, nous avons une position bien différente mais qui n’est pas sans rapport. Notre corps est d’abord objet, maison du « moi », habitée par la personne. Ce corps chosifié, on peut travailler dessus, le potentialiser, l’améliorer, le rentabiliser en vue de la réussite sociale et économique. C’est un capital à faire fructifier, et comme jadis le corps est une d’abord chose, avec pour différence que le salut n’est plus hors du corps mais en lui.

Quelle connaissance ?

La connaissance primaire du corps est biologique, et nous est fournie par les cinq sens. Bien que ce ne soit pas un savoir organisé, cette connaissance, associée à un minimum de description biologique (ou anatomique), est nécessaire pour pouvoir penser le corps.
Car c’est un miracle constant que cette transformation du matériel (le corps) en immatériel (la pensée) à travers les neurones, les synapses et autres constituants du cerveau. C’est une accumulation millénaire de pensées qui a fait évoluer ce savoir dont la transmission n’est évidemment pas génétique mais sociale.

L’homme a donc construit sa connaissance autour du corps, mais cela ne pouvait se faire qu’à partir d’une croyance initiale. Tout à l’opposé de la vue scientiste selon laquelle la croyance est perçue comme superstition opposée au discours rationnel et organisé de la connaissance, l’anthropologue considère comme science tout discours organisé, cohérent, qui repose sur une croyance initiale – comme le zéro en Mathématiques ; ainsi, la médecine chinoise relève-t-elle parfaitement de cette analyse.

De même devons-nous considérer comme science la conception de certains peuples d’Asie du Sud-Est selon laquelle l’organe le plus important du corps est le foie et non le cœur ou le cerveau, tandis que les tendons sont le siège d’une circulation d’air.

Le fonctionnement du corps, objet d’une réflexion et de recherches scientifiques depuis la Renaissance jusqu’aux travaux les plus récents en biologie moléculaire, demeure donc un but qui semble s’éloigner au fil des recherches, si bien que la connaissance du
corps ne sera sans doute jamais aboutie. Dès lors, un réseau de croyances se développe autour du corps.

Croyances : mieux vaut avec que sans !

À titre d’exemple, prenons les vitamines : vous avez entendu dire qu’elles sont bénéfiques voire indispensables à la vie, mais les avez-vous vues ? Non et pourtant… vous y croyez ! C’est ainsi que bien souvent, les informations reçues au sujet de votre corps deviennent connaissances et croyances.

Ces croyances servent à lutter contre l’angoisse, car si on cherche à en savoir toujours plus, à percer les secrets du vivant, c’est avant tout pour lutter contre la mère des angoisses, celle de la mort.
Aujourd’hui règne un culte de la personne, soutenu par une recherche de la rentabilité du moi : soins élaborés, systèmes de santé, pas de bonheur sans beauté… Tout cela baigne dans une ambiguïté cachant une croyance profonde, selon laquelle le corps est le vrai siège de l’éternité, éternité inaccessible et pourtant rêvée comme on le perçoit à travers les tentatives de clonage et de cryogénisation.

Pourtant, c’est aussi notre corps qui est un centre d’espoir, permettant à notre pensée de se dérouler et de s’améliorer dans des domaines parfaitement intangibles (amour, compassion, foi, intelligence) à condition que nous croyons dans les capacités de notre corps à les produire. Ce que nous croyons nous fait accepter les résultats de la connaissance, et le réel danger est celui du refus de la croyance.

Un exemple intéressant nous est fourni par les régimes alimentaires, que 80% des françaises suivent ou ont suivi, régimes que l’on suit parce que « ça marche » ou « ça fait du bien » ou « on me l’a recommandé ». En mettant à part les démarches « éthiques » (comme le végétarisme), les régimes manifestent largement la diffusion des croyances sur le corps.

Plus extrême est l’expérience suivante, tentée dans un laboratoire aux États-Unis. On capture un cafard, on le stérilise, et on le dessèche complètement. Puis on propose à quelques sujets de consommer un verre de jus d’orange posé sur une table à côté du cafard stérilisé : la plupart acceptent. Ensuite, on refait l’expérience et mettant le cafard dans le verre : presque tous les sujets refusent.
C’est ainsi que nous vivons tous avec des croyances sur notre corps, qui sont la base de toute connaissance de celui-ci, et seules permettent de lutter efficacement contre l’anxiété.


Regards sur les rites funéraires

Résumé de l’intervention du 22 octobre 2004 – par Angelika Krause, pasteure de l’Église Réformée de Bordeaux

Quelques regards sur des rites funéraires

À partir des remarques et expériences des participants… La même conviction ne créera pas forcement les même rites

Les rites funéraires sont toujours l’expression d’une compréhension globale de l’existence. Naître, vivre et mourir dans une société donnée sont intimement liés. Il faut regarder l’ensemble des rites d’un groupe. … et la même conviction ne créera pas forcement les mêmes rites. Il y a un jeu subtil entre ce que l’on croit, ce que l’on sait et ce que l’on affirme à travers le rite.

Un exemple :
Le protestantisme s’est réinstallé dans les Nord-Charentes dans la deuxième moitié du 19ème siècle. Les villages touchés par le message d’évangélisation n’ont pas de culture artistique dans laquelle couler leurs convictions et affirmations. Chaque cimetière municipal devient ainsi lieu de recherche des expressions de la foi.
Cellefrouin aura des plaques funéraires en émail qui peignent des cimetières à l’anglaise : vastes pelouses avec quelques arbres qui émergent du vert. La façon est maladroite, c’est-à-dire sans que les peintres les aient calqués sur un modèle ; le contraste est grand avec les plaques sur les tombes catholiques qui ont des peintures « parfaites », lisses, dans lesquelles l’on ne voit plus la main du peintre ; les thèmes se trouveront à l’identique sur tous les cimetières des alentours : des fleurs de pensées, des « regrets éternels », des mains jointes, motifs habituels à l’époque.
Saint Genis d’Hiersac se trouve près de grandes carrières charentaises ; la pierre de taille a une grande place dans ce cimetière. Les pierres tombales des familles protestantes, hautes de près de deux mètres, sont coiffées d’un petit « chapeau » dont je n’ai découvert le caractère que lorsque l’un de ces éléments est tombé par terre : ce sont des bibles ouvertes. On ne voit pas l’objet, mais tout le monde sait ce qu’il représente. C’est suffisant pour s’exprimer et se comprendre.

Fouqueure, village bien inséré dans un « circuit protestant », est doté d’émaux ornés de phrases bibliques. « J’ai combattu le bon combat » peut paraître une parole biblique pieuse ; il faut savoir que cet homme s’est battu toute sa vie dans le conseil municipal pour le droit du protestantisme de s’installer de façon visible. Connaissances et croyances s’éclairent mutuellement.

Quels types de relations sont pensables entre les vivants et les morts ?

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Peut-on tout savoir, ou l’encyclopédisme revisité

Texte de la conférence du 28 janvier 2005 – par Michel Serres, philosophe

Le XVIIième et le XIXième siècles ont vu fleurir l’édition des encyclopédies. Nées de l’idée de rassembler les principes structurants et les connaissances de toutes les disciplines, elles tentèrent d’établir une somme du savoir et de la mettre à la disposition de chacun, comme le tentèrent à leur époque les grands penseurs grecs.
Aujourd’hui cette idée nous semble difficile à réaliser face à un savoir multiplié et ramifié.

Michel Serres

Pourtant il y a toujours des tentatives de mesurer, de classer et d’établir une topographie de l’ensemble des connaissances humaines. Comment cela peut-il se faire aujourd’hui ?

« Base indispensable et nécessaire de toute philosophie, d’Aristote à Diderot, l’encyclopédie s’impose d’autant plus aujourd’hui que nous courons tous après la gloire. » (Michel Serres)

Le texte de la conférence est disponible dans le document joint.

Une très courte bibliographie :
Le Tiers-instruit (Éditions Gallimard, Paris 1991)
Rameaux (Éditions Le Pommier, 2004)

et une très courte biographie :
Né en 1930, après avoir suivi des études scientifiques à Bordeaux et à l’Ecole Navale, Michel Serres est devenu philosophe.
Académicien depuis 1991, il enseigne l’histoire des sciences à Stanford University (U.S.A.).

Télécharger le texte de la conférence de Michel Serres


Théologie

Soirée Jacques Ellul

Après le colloque du 18 septembre 2004 – Avec Olivier Abel et Olivier Pigeaud

Dix ans après la disparition du penseur, quelle actualité pour son message ? Tel fut le thème du colloque qui s’est tenu au Centre Hâ 32 le 18 septembre 2004.

18h : Ellul – bibliste avec Olivier Pigeaud, pasteur de l’Eglise Réformée de Bordeaux.
20h30 : Ellul – Penseur de l’espérance avec Olivier Abel, philosophe, professeur de théologie et d’éthique à la Faculté de Théologie Réformée de Paris.

Brève Présentation

Jacques Ellul

Jacques Ellul fut à la fois professeur de droit, philosophe, observateur de la société, résistant, prophète, lecteur passionné de la Bible…

Jacques Ellul
Jacques Ellul

Le dixième anniversaire de la mort de Jacques Ellul est l’occasion de relire ses idées à la lumière des défis qui se posent actuellement à notre société.
La pensée de Jacques Ellul est composée de deux versants, sociologique et théologique, qui sont souvent regardés de façon séparée par les lecteurs et penseurs, au moins en France.

Le colloque a mis en évidence les liens profonds entre les deux versants de la pensée ellulienne.

Ellul, bibliste méconnu par Olivier Pigeaud

Quand on présente Jacques Ellul, on commence par l’historien des institutions, l’analyste de la société…et on ne parle qu’ensuite du théologien. On cite alors en général, à juste titre, « l’Éthique de la Liberté », mais moins ses œuvres d’exégèse des textes bibliques.

On sait en général qu’il a été prédicateur, on dit moins qu’il a été animateur de groupes bibliques et ce jusque dans les dernières années de sa vie. C’est ce qui autorise peut-être quelqu’un qui n’est pas théologien universitaire, mais animateur biblique de terrain, à proposer une modeste relecture de quelques écrits d’Ellul bibliste pour en dégager quelques caractéristiques.

Sans oublier « La Genèse aujourd’hui », « Ce Dieu injuste » consacré à Romains 9 à 11, « L’Apocalypse, Architecture en Mouvement » et « Conférence sur l’Apocalypse de Jean », nous nous concentrerons sur « Le Livre de Jonas », Cahier Biblique de Foi et Vie de 1952, et sur « La Raison d’Être, méditation sur l’Ecclésiaste » de 1987.

La suite du propos d’Olivier Pigeaud se trouve dans le document au format PDF

Bibliographie : quelques oeuvres théologiques de Jacques Ellul

  • Le Livre de Jonas, Paris, Foi et Vie, Cahier Biblique n°4, 1952 (trad.anglaise).
  • Sans feu ni lieu. Signification biblique de la Grande Ville, Paris, Gallimard, 1975, réédition Paris, La Table Ronde/ La petite vermillon, 2003.
  • L’espérance oubliée, Paris, Gallimard, collection Voies ouvertes, 1972, réédition Paris, La Table Ronde, collection Contretemps, 2004.
  • Éthique de la Liberté, Genève, Labor et Fides, Nouvelle Série Théologique n° 27 et n°30, 1973-1975.
  • L’Apocalypse : architecture en mouvement, Desclée de Brouwer, 1975.
  • La foi au prix du doute : ?’Encore quarante jours…’’, Paris, Hachette, 1980.
  • La subversion du christianisme, Paris, Éditions du Seuil, collection Empreintes, 1984, réédition Paris, La Table Ronde/ La petite vermillon, 2001.
  • La raison d’être. Méditation sur l’Ecclésiaste, Paris, Éditions du Seuil, collection Empreintes 1987, réédition Seuil, collection La Couleur des idées, 1995.
  • La Genèse aujourd’hui, (avec François Tosquelles), Préface Claude David, Nantes, Éditions de l’AREFPPI, 1987.
  • Anarchie et christianisme, Lyon, Atelier de Création Libertaire, 1988, réédition Paris, La Table Ronde/ La petite vermillon, 1998.
  • Si tu es le Fils de Dieu. Souffrances et tentations de Jésus, Zurich, EBV, Paris, Le Centurion, 1991.
  • Ce Dieu injuste… ? Théologie chrétienne pour le peuple d’Israël, Paris, Arléa, 1991, réédition Poche/Arléa, 1999.
  • Islam et judéo-christianisme, Paris, P.U.F., collection Intervention philosophique, Préface Alain Besançon, Avant-propos Dominique Ellul, 2004.

Deux sites sont consacrés à Jacques Ellul :

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