1999-2000 : L’environnement au futur

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Théologie et environnement

Texte de la conférence du 14 octobre 1999 – par Isabelle Marc-Bousquet, pasteure de l’Église Réformée

Introduction

Ayant participé à plusieurs réunions du Conseil Œcuménique (Harare, Canberra), j’ai pu découvrir la préoccupation exprimée par certaines Églises sur les questions liées à l’environnement. Il s’agissait donc de comprendre ce qu’il en est, où nous allons.

Les questions qu’on peut se poser

Qu’est-ce que l’écologie ? Est-ce la préservation de l’environnement ? Une vie quotidienne harmonieuse ? Pourquoi éprouvons-nous une espèce d’angoisse du futur ?

Fondements théologiques

Démarche de préservation

Dans cette forme de pensée, le monde est perçu comme un cosmos, système organisé, déséquilibré par nos interventions. Les équilibres devront être restaurés par des interventions de nature scientifique ou militante ; il est jugé préférable de laisser intact que d’aménager. Cette idée est finalement très proche de celle d’une morale naturelle qui, après nous avoir dit quel est l’ordre des choses, nous imposerait de nous y conformer.

Démarche économique

Ici c’est la nature qui est analysée (le mot grec pour « nature » signifie « ce qui fait pousser »). La nature est alors perçue comme un matériau disponible pour tous, soumis à l’appropriation scientifique et l’exploitation technique.

Rappel de l’Alliance

L’Alliance est un partenariat dans la durée, qui exige une fidélité. Cette thématique a marqué les approches protestantes contemporaines, comme celle de Jacques Ellul qui insiste sur la dimension écologique de l’être humain.

Mais c’est aussi la sensibilité aux évolutions catastrophiques, en lien avec la doctrine de la chute. La présentation apocalyptique de l’évolution de notre civilisation sonne comme une transcription actuelle du récit de Genèse 2 et 3. Dans cette optique s’inscrivent des discours demandant que les chrétiens fassent acte de repentance pour tout le mal fait à la création par eux-mêmes ou par l’humanité. S’agit-il alors de montrer aux autres sa repentance, ou de soigner ce sentiment de culpabilité régulièrement entretenu ?

Dans une idée voisine, certains se demandent si la religion est responsable de la dégradation du rapport de l’homme à la nature, ou si elle est la source possible d’une restauration du rapport de l’homme à la nature.

Réflexion sur l’urgence

Le COE a lancé un processus intitulé « Justice, Paix et Sauvegarde de la Création », placé sous le signe de l’urgence, à cause des menaces qui pèsent sur l’humanité et sa survie. Une question méritent d’être posées : serons-nous plus responsables si nous sommes plus angoissés devant l’avenir ? Le rôle des Eglises est peut-être de partager les craintes des hommes et en même temps de refuser le désespoir quant à l’avenir remis à Dieu.

Démarches chabbatiques

La place de l’homme dans la création est célébrée par la fête du septième jour, temps de repos de la terre et des hommes, espace de paix et de justice (relire Deut. 5:14 et Lév. 25:1-8).

Démarches de sagesse

Inspirées du Livre des Proverbes, du Psaume 104, ces approches s’appuient sur le vécu quotidien, sur l’expérience accumulée par les générations et la valeur des traditions an­cestrales par rapport à la nature.

Au nom de quoi intervenir ?

Théologie ? Tradition ? Conviction ?
Que disent les Églises ?

C’est en bonne part dans les pays de tradition protestante que se sont développées les sciences naturelles, mises au point les techniques de valorisation des ressources natu­relles, formés les mouvement d’opinion en faveur de la protection de la nature. C’est peut-être en lien avec la recherche du salut et l’expérience de la grâce en Jésus-Christ : la relation directe entre l’homme et Dieu dégage la nature en tant qu’espace de réalisation inventive d’une liberté dont le fondement et l’assurance se situent ailleurs. La Réforme détache la nature du domaine des vérités dernières et en fait une réalité « avant-dernière », lieu de service et de travail, de contempla­tion et de découverte.

Des auteurs, des ouvrages :
On peut citer Hans Jonas, Otto Schäfer, Jürgen Moltmann, Albert Schweitzer, Théodore Monod, Leonardo Boff.

Théologies de la Création

Relire les livres de la Ge­nèse (9:2-5), d’Esaïe (11:6-), Epîtres aux Colossiens (1:15-20) et aux Romains (8:19-23).
Les réflexions sur la Création sont rares avant 1960 : refus d’une « morale naturelle », opposition ou absence d’articulation entre théologie et science, importance des luttes en faveur de la justice.
Puis, une science moins triomphante, la pression de la question écologique, une redécouverte de textes un peu oubliés amènent les chrétiens à revoir leur théologie, non sans hésitations.

Trois mots sont particulièrement liés à l’environnement : monde (cosmos), na­ture (phusis), création (ktisis). L’Ancien Testament ne développe guère de réflexion spécifique sur le monde et la nature, restant centré sur Dieu et la relation de l’homme à Dieu et de l’homme avec les autres. Dans le Nou­veau Testament, le « monde » désigne aussi bien le lieu où les hommes survivent plus ou moins éloi­gnés de Dieu que le champ donné à la mission chrétienne. Au sujet de la création, Romains 8 évoque la libération à venir à partir des souffrances du présent : ni optimisme ni pessi­misme mais foi en l’avenir concentré en J.-C.

Un danger : la sacralisation

Photo de l'Église Baptiste de Brande, entièrement réalisé en matériaux recyclés
Église Baptiste de Brande, entièrement réalisée en matériaux recyclés

Sacraliser une conduite, c’est la figer dans un immuable dont il sera difficile de sortir. À la limite, on tomberait dans des démarches idolâtres, notamment à propos de la nature. Le chrétien, et surtout le protestant, refuse Progrès, Nature, Homme, Écologie, ne mettant de majuscule qu’à Dieu. Ni idéalisation, ni diabolisation (O. Schäfer), mais un ascétisme modéré (E. Fuchs).

Un choix à faire ?
L’appel au changement de comportement pour sauver la planète peut s’appuyer sur les données scientifiques, mais il s’agit d’une raison bien différente de la démarche pro­phétique qui appelle à la conscience individuelle.

Des questions posées…

La tension créatrice est-elle équilibre rompu ou déséquilibre entretenu ? Le déséquilibre semble perpétuel, l’évolution du monde est irréversible, mais ne soyons pas irresponsables pour autant !

Clin d’œil final

L’église baptiste de Brande (ci-contre), entièrement réalisé en matériaux recyclés !

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