2007-2008 : L’écrit en questions

Image mise en avant cycle 2007-2008

 

Écriture…

Difficile d’imaginer un monde sans écrits. Depuis l’invention de l’écriture, il y a 5000 ans, l’humanité a construit une grande partie de sa culture et de son patrimoine sur l’écrit. L’invention de l’imprimerie a permis sa diffusion à très grande échelle. Quel sera son avenir face à l’image et à Internet ?

Texte…

Est-il seulement parole fixée en écriture ? Son étymologie qui évoque l’activité de tisser et le tissu indique qu’il possède sa propre texture et profondeur, qu’il vit une existence qui peut traverser des siècles, qu’il peut s’éloigner de son origine pour s’exposer à la lecture et l’interprétation, au renouvellement du sens.

Lecture…

Activité chargée d’émotion et de souvenir, la lecture est une vraie rencontre avec un texte et son monde. En ce sens, elle est bien plus qu’un accès à l’information et à la connaissance. La lecture est voyage, sortie de soi, ouverture à l’autre.

Il serait trop long dans cet article de les citer tous, voilà donc seulement un rappel des huit conférences par ordre chronologique.

Florilège de réactions recueillies lors de la réunion de bilan du cycle

  • L’écrit n’était pas en question, il est devenu.
  • Le meilleur de ce cycle fut un public chaleureux et attentif ; la parole circule.
  • De l’écriture en Braille en passant par la graphologie et La Bande Dessinée je ne pensais pas que ce cycle m’apporterait autant sur l’écrit.
  • On se révèle dans l’écrit comme montre la graphologie.
  • Cette année m’a poussé à lire davantage ; j’ai apprécié de connaître le métier de libraire.
  • Le champ d’action de l’écrit est beaucoup plus vaste que ce que j’imaginais en début de cycle et laisse plus de place pour moi à l’imaginaire que la communication orale.
  • L’écrit devient de plus en plus important pour une humanité de plus en plus nombreuse.
  • L’écrit jette ses ponts entre l’esprit et le corps, entre les histoires et l’Histoire, entre les idées et la matière.

Après la conférence du 11 octobre 2007 – Avec Jean Lassègue, Philosophe, chercheur au CREA-CNRS


Jean LassègueNous étions habitués à ne voir dans l’écriture qu’un outil de transcription et d’enregistrement de la parole orale. Les techniques informatiques semblent avoir libéré l’écrit de ce rôle auxiliaire.

En outillant informatiquement nos modes d’appréhension du monde c’est la réalité elle-même qui semble se transformer sous nos yeux.

Comment s’est opérée cette révolution informatique depuis la dernière grande étape de transformation de l’écrit, celle de l’imprimerie ?
Et pourquoi cette révolution informatique nous paraît-elle encore si opaque ?

Autant de questions auxquelles chacun d’entre nous cherche confusément à répondre et que nous tenterons d’éclaircir.


Bibliographie :

Turing, Les Belles Lettres, Paris, 1998, réed. 2003, ISBN 2-251-76014-8

Turing… et l’informatique fut, Pour La Science, série Les génies de la science, n° 29, nov 2006-jan 2007, ISBN 2-84245-078-7

Traduction : Arthur Maurice Hocart, Au commencement était le rite ; De l’origine des sociétés humaines, préface de Lucien Scubla, Bibliothèque du MAUSS, La Découverte, Paris, 2005, ISBN 2-7071-4676-5

Livre électronique : Emergence et évolution de la parenté, J. Lassègue ed., Editions Rue d’ulm, Paris, 2007, ISBN 978-2-7288-0383-5

Après la conférence du 8 novembre 2007 – Avec Clarisse Herrenschmidt, Chercheur au CNRS, Membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale au Collège de France

Clarisse Herrenschmidt
Clarisse Herrenschmidt


L’écriture des langues a été inventée dans un petit nombre de cultures : le Moyen Orient (Irak et Iran), l’Égypte ancienne, la Chine, le monde maya.

Nous envisagerons les pas à pas techniques et intellectuels de cette immense création humaine intervenue vers -3300 en Iran, en particulier à Suse, et à Uruk en Mésopotamie, en laissant de côté les autres cultures créatrices de signes d’écriture.

Et l’on verra qu’écrire fut d’abord une méthode administrative et comptable, pour devenir un art du langage.

« Nécessité fait loi » !

Mme Herrenschmidt, chercheur au CNRS, membre du Laboratoire d’anthropologie sociale au Collège de France, spécialiste de l’histoire des écritures à Suse (Iran) et à Uruk (Irak) est intervenue le 8 novembre dernier. Au menu ce soir là, érudition, passion et humour.
L’écriture naît de l’explosion urbaine (-3600). Les exploitations préindustrielles (plantes, céréales, production d’alcool et domestication) se développement, le travail se complexifie, il devient économie de redistribution. Sa mémoire ne suffit plus à l’Homme, il doit pouvoir garder trace des transactions réalisées. Dans un premier temps, des petits objets en argile de formes diverses (cônes, bâtonnets, …) matérialisent des nombres et des quantités spécifiques, les calculi. L’Homme représente ensuite les calculi, leur forme et leur nombre sur la surface d’une bulle-enveloppe en argile, à côté de l’empreinte du sceau de son détenteur. Ce sont là les premiers signes écrits : des chiffres pour des quantités. Des tablettes en argile viennent plus tard, sur leurs surfaces des chiffres et, avec d’autres signes, la nature des denrées et les noms des protagonistes. Pictogrammes et logogrammes apparaissent. Parallèlement, l’Homme fixe la signification de ces signes dans des dictionnaires. Une base numérale est née qui engendre des nombres mais également des noms de nombres. Mme Herrenschmidt peut ainsi affirmer qu’une base numérale sert à la fois de support à l’arithmétique et à la linguistique.
A la question de l’évolution de l’écriture, Mme Herrenschmidt parle de la fragilité de l’écriture cybernétique qui n’existe que si on l’imprime. Elle souligne la perte de la qualité de la parole, devenue très « plate », nous avons la même manière de nous exprimer avec tout le monde. Elle rappelle que c’est par une situation d’échange que l’enfant apprend à parler et à se construire. Étonnante soirée qui remettait en perspective les 3 dernières conférences données au Hâ 32 !


SandrineNamblard-Deligny


Bibliographie :

Les trois écritures : langue, nombre, code - Clarisse Herrenschmidt - Éditions Gallimard

L’Orient ancien et nous - Jean Bottéro, Clarisse Henrrenschmidt et Jean-Pierre Vernant - Albin Michel

L’Orient ancien et nous. L’écriture, la raison et les dieux - Jean Bottéro, Jean-Pierre Vernant et Clarisse Herrenschmidt - Albin Michel

Après la conférence du 13 décembre 2007 – Avec Frédéric Maragnani, metteur en scène

 

Frédéric Maragnani
Frédéric Maragnani

Après une introduction de Florent Viguié, Frédéric Maragnani à exposé sa conception de la mise en scène théâtrale :

« Je suis metteur en scène de théâtre. C’est-à dire que j’organise, prévois, et met en œuvre le passage d’une œuvre littéraire à sa réalisation parlée, incarnée, scénarisée.

Mon métier est un métier d’alchimie. « J’incorpore » les mots c’est-à dire que des mots contenus dans un livre deviennent visibles au yeux de tous par la force de leur incorporation scénique.

Quels mots ? Pour quelles scènes ? Ce sont les paramètres que je dois prendre en compte à la racine de chaque projet de mise en scène. »

Après la conférence du 24 janvier 2008 – Avec Patrick Rödel, philosophe

 

Patrick Rödel
Patrick Rödel

La "lettre philosophique", du maître à son disciple, est un genre philosophique connu.

Mais une "correspondance", - un échange épistolaire entre philosophes -, a-t-elle existé présentant un intérêt philosophique réel ?

Il nous faudra montrer que la chose est assez rare, pour des raisons qui tiennent à la nature de l’échange philosophique et à celle de toute correspondance. Nous aurons alors à nous diriger vers un tout autre sens de cette expression.

Pour lire le texte de la conférence, télécharger le document au format PDF

Après la conférence du 14 février 2008 – avec José Rodrigues, graphiste et enseignant à l’IUT Montaigne, Bordeaux


Zapf : Hermann Zapf (né en 1918 en Allemagne) est typographe. Il a su créer une harmonie du signifiant-signifié grâce à une maîtrise de son art porté au plus haut niveau d’élégance et de sobriété. En cela Hermann Zapf est en filiation directe avec les humanistes et moralistes du quatro cento.

@ : Arobas(e) : signe graphique qui sert de séparateur à l’intérieur des adresses


Voici deux propositions d’explications étymologiques :

- arrobas viendrait d’un rapprochement ou d’une confusion avec le symbole d’une unité de poids espagnole, arroba, dont le nom français est arrobe (avec un ou deux r)

- arobas serait la déformation de a rond bas (de casse), c’est-à-dire a minuscule entouré d’un rond. 
Ce petit signe séparateur est aussi doté d’autres désignations : escargot, arabesque, a roulé, a arrondi, a-rondi, ...

Le blanc, le rouge et le noir

José Rodrigues
José Rodrigues

On pourrait imaginer le titre d’un nouveau film voire d’un nouveau roman, et pourtant … ! Mettant en perspective les premiers dessins des grottes de Lascaux qui contiennent déjà ces trois couleurs avec la mise en page actuelle des journaux, M. José Rodrigues, graphiste et enseignant à l’IUT Montaigne de Bordeaux, nous a expliqué qu’elles sont à la base de la communication visuelle, papier ou écran. Le blanc ou plutôt crème, met en valeur les textes, le noir distingue les traits et les signes et le rouge attire l’œil. Rouge comme rouge sang ! Une conférence pratique et instructive, pleine d’informations savoureuses sur la manière de mettre des textes en valeur depuis l’origine des temps. Quelque soit le support, argile, parchemin ou vélin, papier ou écran d’ordinateur, on n’a pas fini de réinventer le classicisme ! A l’exemple du fameux @ qui existait déjà au Moyen-Age et qui serait une abréviation latine inventée par les scripteurs qui utilisaient des raccourcis pour gagner du temps et de la place. Le mot « ad » en latin (vers, à) aurait ainsi été comprimé dans ce signe. Quelles sont les polices de caractères qui durent : les plus simples ! Combien de temps pour mettre au point une nouvelle police : plus d’un an d’ajustement ! Et encore, le saviez-vous ? La France est le premier pays au monde à avoir autant de mensuels thématiques … Bref, les amoureux fervent de l’écrit étaient fidèles au poste, Saint Valentin oblige … et ils ont eu raison !

Sandrine Namblard-Deligny

Après la conférence du 13 mars 2008 – Avec Olivier Abel, professeur d’éthique à l’IPT Paris

 

Olivier Abel
Olivier Abel

Qu’est ce qui fait l’autorité des textes canoniques par rapport à de grands textes littéraires ?

En réfléchissant sur cette question du "canon", nous découvrirons deux grandes caractéristiques de l’interprétation :

  • d’une part son caractère conflictuel, simplement parfois parce que des contemporains répondent à des questions ou des appels différents
  • d’autre part le décalage des générations, tel que nous ne cessons de réinterpréter ce que nos prédécesseurs ont laissé, et que nos successeurs liront encore autrement.

L’importance du texte déplace ainsi la question de la crédibilité de l’émetteur à la capacité du récepteur.

Après la conférence du 10 avril 2008 – Avec Alban Bensa, anthropologue, directeur d’études à l’EHSS

Alban Bensa
Alban Bensa

La récente publication d’un manuel scolaire d’histoire en Nouvelle Calédonie témoigne de l’importance d’écrire une histoire commune pour ouvrir un destin commun entre Kanaks et Calédoniens.

Cette publication s’est élaborée à la suite des accords de Matignon et de Nouméa et s’inscrit ainsi dans un processus de dialogue et d’écriture qui pourrait être exemplaire dans l’histoire de la décolonisation.

L’intervenant tentera d’analyser cet événement sur le fond de l’histoire récente de la Nouvelle Calédonie et des spécificités des cultures kanak et caledoche.

Bibliographie d’Alban BENSA

  • Nouvelle-Calédonie - Vers l’émancipation - Découvertes Gallimard n° 85
  • Histoire d’une chefferie kanak - aux éditions KARTHALA (2005)
  • La fin de l’exotisme - aux éditions ANACHARSIS (2006)

Après la conférence du 27 mai 2008 – Avec Jean-Paul Kauffmann, écrivain

Jean-Paul Kauffmann
Jean-Paul Kauffmann

Lire et écrire sont les deux facettes d’une même médaille, l’accès et la production d’un texte. Pourtant les deux activités requièrent des états d’esprit et des capacités bien différents.

A travers les étapes de la vie nous ne sommes pas de la même manière lecteur, ni de la même manière auteur.

Quel est le rapport aux mots et au texte pour le lecteur d’un coté et pour l’auteur de l’autre ?

Article du 28 mai 2008 paru dans le Journal Sud-Ouest

  • «Autour du texte biblique»

Présentation des samedis théologiques en 2007-2008 du 9 septembre 2007 – Deux ateliers, deux samedis pour se former et débattre

Destinés à explorer le versant biblique et théologique du cycle, les « samedis théologiques » se déroulent de 9h à 14h, de la manière suivante : un exposé introductif, puis travail en groupe suivi d’un déjeuner.

Samedi 6 octobre 2007 :  Le texte – une composition


À l’exemple de l’évangile de Marc
Avec Patrice Rollin,
Animateur biblique de l’Église réformée de France


Samedi 9 février 2008 : Le texte en fragments


À l’exemple de l’évangile de Jean
Avec Corina Combet-Galland, Professeur à l’Institut Protestant de Théologie, Paris

 

  • « L’écriture en fragments et le grain de ses voix - de Marc à Jean »

Après le Samedi Théologique du 9 février 2008 – Avec Corina Combet-Galland, professeur de Nouvau Testament à l’Institut protestant de Théologie

Comme un tissu de mémoire, l’écriture des évangiles a ses trous. Peut-être sont-ils moins un déficit que le signe d’une forme singulière d’expression ?

Roland Barthes évoque ce discours brisé, par fragments comme une poétique du commencement, terme que l’on trouve aussi chez Marc. Chez Jean, les fractures et les reprises ouvrent la scène de la narration à la voix qui raconte, au grain de cette voix, comme dit encore R. Barthes.

 

  • « Il est écrit … » Le texte de l’Ancien Testament dans le Nouveau

Après le Samedi Théologique du 5 avril 2008 – Avec Danielle Ellul, enseignante à l’Institut catholique de Toulouse

Fréquemment nous trouvons des citations de l’Ancien Testament dans les écrits du Nouveau. Ces citations, plus ou moins fidèles, témoignent du travail de relecture et d’interprétation qu’ont effectué les auteurs du Nouveau Testament.

A travers quelques exemples nous allons découvrir quelques unes de leurs intentions de lecture et d’ interprétation.

tristique diam nec dolor. Aenean leo. id quis, libero mattis elit. felis