Le travail, qu’en dit la Bible ?

MIDI-14 – Jeudi, 10 octobre 2019 avec Philippe Biyong

Qu’est-ce que la Bible dit sur le travail ? Quelle pertinence particulière cette lecture spécifique de la signification du travail recèle ?

Préalables

La Bible est une collection de multiples écrits. D’où le mot grec « biblos ». Surtout « bibloi » à partir du 1er siècle, le pluriel de « biblion » qui signifiait livre.  Ces livres et textes s’inscrivent dans divers types de courants et modes de rédaction. Ce serait prétentieux voire déplacé de répondre à la question qui nous est proposée sous une seule approche. 

En revanche on peut s’intéresser dans la Bible (pour poser un jalon que d’autres approches pourraient compléter) au sens donné au départ à la notion de travail pour l’homme.  Par le Créateur.

Le sens du mot

Les dictionnaires bibliques inventorient avec précision et convergences de vues les emplois du mot « travail » et la forme verbale qui s’y rattache dans les textes de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Diverses traductions bibliques sont prises en compte. Il en ressort que dans l’Ancien Testament le mot hébreu « melâkâh » rendu en français par « travail » est employé 155 fois. Et « maaséh » souvent choisi par les traducteurs comme son synonyme revient dans 223 occurrences. Il signifie plus exactement chose faite, œuvre.

Dans le Nouveau Testament les mots grecs « ergon » (176 fois, dont 26 dans Jean et 63 dans les épîtres de Paul), qui peut signifier travail ou œuvre, et « kopos » (14 fois, dont 10 dans les épîtres de Paul), qui signifie dur travail, peine sont les plus usités. Il y a en outre le verbe travailler « ergazesthaÏ » (39 fois, dont 7 fois chez Jean et 17 fois chez Paul).

Ces mots et leurs dérivées sont employés par les rédacteurs de la Bible pour définir le mandat primitivement attribué à l’homme par le créateur : « Dieu les bénit, et leur dit : soyez féconds, remplissez la terre, et assujettissez-la ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. » Genèse 1 : 28. Puis : « L’Eternel Dieu prit l’homme, et le plaça dans le jardin d’Eden pour le cultiver et pour le garder. » Genèse 2 : 15.

Significations

Le texte de la Genèse montre à suffisance que le travail est la première prescription faite à l’homme. Le marqueur primordial de son essence.  De sa ressemblance avec son créateur dont l’Etre se dévoile en créant.

Des avis concordants d’experts s’opposent à une définition du travail tributaire de la chute. Comme souffrance, peine et malédiction. La démonstration du contraire tient au fait que l’homme est au départ créé comme « travaillant ». La malédiction intervient après la désobéissance (Genèse 3 :14-19). Cette malédiction subséquente à la chute porte non sur le travail humain en soi mais sur la peine du travailleur. De l’hébreu « etseb » équivalent à la peine pour l’homme (Genèse 3 : 17). Souffrances et douleurs qui seront augmentées pour la femme (Genèse 3 : 16).

La traduction du vieux français « traveiller » faire souffrir. Par extension « tourmenter, battre, molester », qui vient du latin « tripaliare » torturer avec le « trepalium, outil de torture » n’a pas un fondement biblique.

Quelques interprétations

Dans sa Lettre Encyclique « Laborem Exercens » (Sur le travail humain), publiée en 1981 ; le Pape Jean-Paul II dit :

« C’est par le travail que l’homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l’élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses semblables ».  

Dans son article, Travail, partage, exclusion, esprit du protestantisme et représentations, publié en 1995 dans les Cahiers d’éthique sociale et politique Jean-François Collange donne une résonnance plus concrète à cet accomplissement de l’homme par le travail que l’argumentation de la Bible valorise.

Il montre les limites de l’idéal biblique dans les sociétés industrielles où le travail et le chômage induisent concomitamment l’intégration et l’exclusion sociale.

Philippe Eugène Biyong, Pasteur et Aumônier protestant du CHU de Bordeaux.

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