2011-2012 : Le bonheur ?

Image mise en avant Cycle 2011-2012

Nostalgie amoureusement cultivée, aspiration savamment entretenue, instant d’éternité à savourer…

Le bonheur paraît simple et évident. Il se révèle pourtant insaisissable, difficile à nommer, à décrire, encore plus à définir. Le centre culturel Hâ 32 a consacré son cycle 2011-2012 à ce thème pour vous inviter à prendre part à la réflexion. De septembre à juin, des rencontres hebdomadaires (ou presque) ont rythmé le programme.

Après la conférence du 20 octobre 2011 – Avec Hervé Parpaillon, professeur de philosophie à Bordeaux

Hervé Parpaillon
Hervé Parpaillon

Les philosophes antiques estimaient que le but ultime de notre vie est le Souverain Bien. Si nous accédons au Bien, aux "bonnes choses", nous dit Diotime dans Le Banquet de Platon, nous atteignons le bonheur et "l’on n’a plus besoin de demander pourquoi celui qui désire le bonheur veut être heureux : on est arrivé au terme de la question, ce me semble"


A travers un voyage qui nous conduira en Grèce, mais aussi dans la France du XVIème siècle, l’Allemagne des XVIIIème et XIXème siècle et vers la Chine ancienne, nous nous demanderons quelle peut être la place du bonheur dans notre vie morale, sous deux aspects :

  • Peut-il fonder le devoir moral ?
  • Est-il la composante essentielle d’un art de vivre ?

 

Après la conférence du 17 novembre 2011 – Avec Daniel Picotin et Alain Anziani, Avocats

Daniel Picotin et Alain Anziani
Daniel Picotin et Alain Anziani

La question du bonheur a-t-elle une dimension politique ? Si la poursuite ou l’expérience du bonheur sont d’abord individuelles, peut-être ont-elle aussi des aspects collectifs. Le politique doit-il se préoccuper du bonheur des citoyens, et à quelles conditions ? Les dérives totalitaires du XXe siècle incitent à une grande réserve par rapport à des bonheurs prescrits. L’exercice de la citoyenneté dans le jeu politique doit-il pour autant s’abstenir de tout discours sur le bonheur ?

Dans la mesure où la parole citoyenne et le discours politique n’ont de sens, en démocratie, que dans le cadre d’un débat entre plusieurs points de vue, nous avons fait le choix d’une conférence à deux voix. Deux personnalités bordelaises du monde politique local et national ont présenté leur regard sur la question et l’ont mis en discussion.

 

Après la conférence du 15 décembre 2011 – Avec Denis Favennec, Docteur en histoire de l’art, professeur de mathématiques spéciales

Denis Favennec
Denis Favennec

Et ego in Arcadia : Moi aussi, j’étais en Arcadie. Ainsi s’intitule un célèbre tableau de Nicolas Poussin, où des bergers déchiffrent une mystérieuse inscription  sur un tombeau immergé dans la nature. Au fait, qui était en Arcadie ? Le mort - celui dont nous voyons la demeure - ou bien la mort - celle que nous ne verrons jamais en face ?

Quant à l’Arcadie, où se trouve-t-elle exactement ? Existe-t-elle ? A-t-elle un rapport avec le paradis, forcément perdu et toujours désiré ? Y a-t-il, d’ailleurs, des paysages heureux ? Les peintres de la Renaissance et des temps modernes se sont posé ces questions lorsqu’ils ont voulu représenter le lieu du bonheur. Que ce lieu soit dans le monde ou hors du monde, naturel ou artificiel, il a été pour eux avant tout un lieu de peinture : aussi interrogerons-nous, dans cette conférence, les oeuvres de Breughel, Claude Lorrain, Poussin, Vermeer, Rembrandt, Turner, en espérant qu’elles daigneront répondre.

Après la conférence du 19 janvier 2012 – Avec Paul Seabright, chercheur à la Toulouse School of Economics

Paul Seabright
Paul Seabright

Le bonheur pour le bonheur est un sujet sur lequel les pouvoirs publics, comme leurs conseillers économiques, sont traditionnellement restés plutôt muets. Le devoir des politiques publiques étant conçu comme de fournir aux citoyens des moyens pour construire leur propre bonheur, plutôt que de s’occuper de ce bonheur en toute sa complexité psychologique.

Pourtant, depuis quelques années, une nouvelle discipline d’économie comportementale nous enseigne les diverses façons dont l’exercice libre de nos choix nous rend moins heureux que si nous avions choisi autrement. Faut-il en tirer la conclusion que le choix des individus a besoin d’être "restreint" pour nous rendre plus heureux ? Ou, au moins, que nos choix ont besoin d’être "encadrés", "influencés" ?

Au cours de cette conférence j’exposerai un nombre de courants de cette nouvelle discipline. Mais je proposerai également qu’il faudrait regarder avec prudence cette conclusion séductrice. Savons-nous vraiment mesurer le bonheur ? Même si nous le savions, faut-il toujours privilégier la perspective du regret ? Et même s’il le fallait, la liberté n’a-t-elle aucun poids contre le bonheur ? Je proposera des leçons utiles à tirer de l’économie comportementale qui nous permettront de respecter le bonheur des citoyens, mais de respecter d’autres valeurs aussi que leur bonheur.

 

Après la conférence du 16 février 2012 – Avec Hervé de Saint-Affrique, psychiatre, psychanalyste

Hervé de Saint-Affrique
Hervé de Saint-Affrique

Comme le souligne justement l’argument général à ce cycle de conférences, le bonheur, "puissant vecteur de publicité", "enjeu économique" est aussi devenu un facteur de la politique, le bonheur d’aucun ne pouvant dès lors pas être envisagé en dehors du bonheur de tous. Cela peut aller jusqu’à l’idée d’un droit universel au bonheur, à la manière d’un droit d’usager ; mais c’est alors ici le registre de l’avoir qui est convoqué, en lien avec la production d’objets toujours plus nombreux, dont la possession est censée apporter le bonheur et la satisfaction.

Preuve que ce n’est pas le cas : le malaise dans la civilisation (Freud) et le symptôme quand ce malaise est porté par un sujet qui souffre, dans son corps ou dans sa pensée ; là, c’est le registre de l’être qui est en question, sous les espèces de son manque. D’où la demande, c’est-à-dire une parole, adressée à un Autre supposé pouvoir répondre à ce manque.

Nous verrons précisément en quoi diffèrent la réponse du psychiatre, trop souvent appuyée sur la prescription de médicaments (la pilule dite du bonheur, par exemple) et celle du psychanalyste, qui sait d’une part que toute demande est en son fond, demande d’amour, et que d’autre part que c’est seulement par la demande qu’un accès au désir (inconscient) est possible (Lacan).

Ainsi, comment la demande du bonheur pourrait-elle encore voiler la vraie question : celle du rapport de chacun avec son propre désir ?

 

Après la conférence du 5 mars 2012 – Avec Simon Charbonneau, Maitre de conférence en droit de l’environnement

Simon Charbonneau
Simon Charbonneau

En ces temps de désastres annoncés mais déjà en cours, la question du bonheur est-elle encore imaginable ? Le bonheur est une idée véhiculée par la philosophie des Lumières dont est issue l’idéologie du Progrès aujourd’hui ébranlée par les évènements actuels.

Notre société industrielle héritière de cette idéologie a cultivé une fausse image du bonheur fondé sur la consommation de biens matériels qui aujourd’hui nous mène paradoxalement vers de sombres horizons. Redonner un sens à l’aventure humaine reste alors la seule entreprise capable d’alimenter une espérance.

 

Conférence du 12 avril 2012 – Avec Nicolas Cochand, Docteur en théologie, animateur du Hâ 32

Nicolas Cochand
Nicolas Cochand

Le croyant mystique cherche à vivre une union avec son Dieu. Cette quête n’est pas propre à une religion, elle traverse les diverses traditions.
Au sens strict, la mystique affirme que l’on ne peut percevoir et encore moins connaître Dieu. Il faut dépasser l’esprit et les sens, s’élever, s’abandonner à une rencontre possible.

Plusieurs critiques s’élèvent contre la mystique. Pour les uns, elle est l’expression même de la fuite du réel que constitue la religion. On découvrira qu’au contraire de nombreux mystiques, y compris contemporains, ont entrepris une action transformatrice dans leur situation concrète.

Pour d’autres, la mystique est une illusion car elle repose sur l’idée que l’être humain est capable de s’élever vers Dieu. Par là, elle contribuerait à maintenir l’homme dans son malheur car c’est précisément cette volonté de s’élever au dessus de son humanité qui en est à la source.
L’expérience religieuse serait-elle un bonheur factice ?

 

Après la conférence du 24 mai 2012 – Avec Ginette Baty-Tornikian, Maître-assistante à l’ENSA de Paris-Belleville, chercheur au laboratoire IPRAUS

Ginette Baty-Tornikian
Ginette Baty-Tornikian

Quelle nature dans ces projets de bien-être pour tous ?
Au milieu du 19ème siècle, trois expériences d’urbanisation marquantes sont à la genèse de l’urbanisme. Dans l’inspiration de Londres qui s’enorgueillit de 6 parcs royaux, dont Hyde Park, il y a le Paris haussmannien, qui englobe ses faubourgs et introduit des parcs, des jardins, des squares et des Bois. Le New-York de Frederick Law Olmsted qui créé Central Park (2 fois plus grand que Hyde Park) avant de construire les habitations et services. Le Barcelone de Cerdà qui rase toute la ville à l’exception de son centre médieval pour appliquer un plan reproductible.

Ce sont les anglo-saxons qui développent l’urbanisme social, soit apporter le même bien-être pour toutes les categories de populations. Ebenezer Howard, journaliste, (1850-1928), fondateur du mouvement des cités-jardins a une vision radicale du bonheur pour l’homme urbain , dans un premier ouvrage publié en 1898 : “Demain : une voie pacifique pour une veritable réforme” (Tomorrow-A Peaceful Path to Real Reform ou il propose une substitution délibérée par d’une résille de cités sociales, (ensembles de cités-jardins) qui seraient les nouveaux établissements humains pour tous les hommes sur la planète...

Dans “Les cités-jardins de demain”, il introduit l’idée de la satellisation, soit, réaliser des cités-jardins autonomes et environnées de “nature” pour urbaniser les villes existantes.

Cette conception est complétée par un biologiste écossais, darwiniste, l’évolutionniste Patrick Geddes, qui s’intéresse, entre autre à l’urbanisme. Pour lui, c’est la totalité du vivant qu’il faut penser pour aborder la question des rapports de l’homme de la ville et de la nature et il faut penser la ville elle-même comme un organisme vivant.

Ces idées se retrouvent dans les projets de création des villes nouvelles, les réflexions sur l’environnement urbain et la ville durable, un retour de cette idée de cité-jardin à l’échelle internationale, dans les projets de création de villes satellites, parfois à grande échelle, notamment dans certains pays émergents, tissant de nouveaux liens entre la ville et la nature.

Samedi théologique du 26 novembre 2011 – Avec Nicolas Cochand, Pasteur de l’Eglise Réformée, animateur du Hâ 32

La notion de « bonheur » est assez rare, dans la Bible, mais porte sur des aspects centraux. Elle apparaît sous la forme de la béatitude : une déclaration de bonheur.

L’Ancien Testament l’accorde au juste, mais aussi au sage : heureux celui qui écoute et met en pratique la Loi reçue de Moïse ; heureux aussi celui qui a trouvé la sagesse.

Le Nouveau Testament l’accorde au pauvre : les béatitudes de Jésus promettent le royaume de Dieu aux déshérités.

Le bonheur resterait-il inaccessible ?

Manifestations du 14 au 16 mars et du samedi théologique du 17 mars 2012

Du 14 au 17 mars 2012, le Centre culturel Hâ 32 marque le centième anniversaire de la naissance de Jacques Ellul par une série de manifestations. Le penseur bordelais en fut un des membres fondateurs, il y a près de 30 ans.

Deux conférences ouvrent la série en portant un regard actuel sur des aspects centraux de la pensée de J. Ellul : l’omniprésence de la technique dans la société contemporaine et les conséquences environnementale du développement économique et technique. Un accent est ensuite mis sur la dimension théologique et ecclésiale de son œuvre, qui sera peu abordée lors des autres manifestations prévues cette année à Bordeaux. L’approche en sera à la fois compréhensive et critique, dans le cadre d’un samedi théologique et d’une rencontre d’un nouveau type, l’apéro théo.

Mercredi 14 mars à 20h30 :

La démocratie en échec : qui maîtrise la société technicienne ?
Conférence de Daniel Compagnon
Professeur à l’Institut d’études politiques de Bordeaux

Jeudi 15 mars à 19h30 :

Bonheur et crise écologique
Conférence de Simon Charbonneau
Maître de conférence en droit de l’environnement
(suivie d’un buffet sur inscription)

Vendredi 16 mars, 18h30-20h :

J. Ellul : Fausse présence au monde moderne (1964)
Apéro théo : introduction et débat
avec Nicolas Cochand
Dr en théologie, pasteur animateur du Hâ 32

Samedi 17 mars, 9h30 – 13h :

J. Ellul : La subversion du christianisme (1984)
Samedi théologique sur la critique de l’Église
Conférence introductive, ateliers, synthèse
avec Nicolas Cochand
Dr en théologie, pasteur animateur du Hâ 32

 

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