2010-2011 : Jeux, enjeux, hors-jeux

Image mise en avant Cycle 2010-2011

« Mais ce n’est qu’un jeu », dit-on parfois —pour alléger l’acte, ou la parole, de son poids de sérieux.

Ce joker passe pour exonérer de toute responsabilité ; il se présente comme une excuse. Trop facile ! s’indigne-t-on. Du point de vue de l’honnêteté, l’attitude de jeu ne peut avoir que mauvaise presse : elle revient à prendre des libertés avec l’exigence du sérieux. Qui n’agit jamais qu’à la légère, comme si la vie n’était qu’un jeu, ne saurait lui-même être pris au sérieux. Dirons-nous pour autant qu’il bouffonne ?

Tableau de Jan van Kessel et Erasmus Quellinus qui représente un jeu de dames avec une raquette de tennis
Jan van Kessel et Erasmus Quellinus

Pourtant, qui prendrait le sérieux pour le refus de l’espace de jeu de l’ironie et de la feinte courrait le risque de se prendre lui-même au sérieux. Risque redoutable, que de s’en glorifier, et d’oublier que, dans tout acte, dans toute parole, demeure une part de jeu. Un jeu cette fois non voulu par celui qui parle ou agit, mais qui tient aux circonstances : qu’ont entendu au juste ceux qui l’écoutent ? Quelles conséquences tel acte entraînera-t-il ? Qu’il y ait souvent du jeu, dans nos propos et nos actes, et parfois, selon les circonstances, beaucoup, voilà ce peut-être ce que nous nous rappelons les uns aux autres, en introduisant intentionnellement, sciemment, une nouvelle part de jeu, une nouvelle sorte d’incertitude… peut-être plus fidèle au vrai et au juste que la naïveté —peut-être encore en danger de les trahir et de les perdre de vue  ? De celui qui tente de faire leur part au sérieux et à la légèreté, on dira qu’il « joue le jeu ». Qui s’y perd pourra-t-il crier : « je ne joue plus ! » ?

Le jeu (ou, si l’on préfère, la gamme) de toutes ces attitudes qui s’entrecroisent finissent par tisser l’histoire humaine. Drôle de jeu ? Jeu du monde ? Quel en est l’enjeu ? Est-il ailleurs que dans la prise de distance, jusqu’au hors jeu ? Les activités ludiques, depuis leur temps à part, nous apprennent-elles quelque chose du jeu ? Comprendre le jeu, est-ce mieux comprendre les activités des hommes d’aujourd’hui, leur rapport avec les normes, avec le temps, avec les enjeux de la condition humaine ?

Tel est le pari qu’a pris le Centre culturel Hâ 32 pour son cycle de 2010-11.

Après la conférence du 14 octobre 2010 – Avec Yvon Pesqueux, Professeur titulaire au CNAM de la Chaire Développement des Systèmes d’Organisation

Yvon Pesqueux
Yvon Pesqueux

La triche touche tous les domaines de l’activité humaine : le jeu ludique, le jeu de hasard, le sport, la religion, la politique, les affaires bien sûr, etc. Nous resterons dans ce texte dans le domaine des affaires mais la liste précédente montre les nombreuses occurrences possibles de la triche. Et si l’on reprend l’infinie galerie de portraits des parties prenantes (Y. Pesqueux ), toute relation peut donner lieu de part et d’autre à de la triche. Il suffit de penser au délit d’initié qui rompt l’équité de position entre les actionnaires. La triche dans la « pratique des affaires » est un objet caché mais important. Il est caché pour éviter de devoir reconnaître le paradoxe de la triche qui n’est pas, dans «la pratique des affaires», comme dans d’autres domaines d’ailleurs, forcément une «mauvaise» chose puisqu’elle peut en même temps être considérée comme source d’apprentissage. La triche ne peut être  aussi aisément réduite à du vol ou à de la corruption (qui, par différence avec la triche, suppose un pacte entre «corrupteur» et «corrompu»). A la différence de la corruption, la triche ne pourrit ni le corrupteur ni le corrompu et elle n’est pas jugée comme telle.

L’argumentation de ce texte sera la suivante : après avoir défini ce qu’est la triche, une théorie des organisations, la théorie des parties prenantes, sera examinée sous l’angle qui permet de voir en quoi elle «impense » la triche.  La triche, tout comme la conformité, le conformisme, la transgression et la déviance, est un opérateur d’identification du sujet (et non un défaut d’identification puisqu’il s’agit de rester dans le groupe même si c’est pour en contourner les règles à son profit). Et quand il s’agit de contourner des règles de la profession, la triche se trouve positionnée face à la déontologie. La notion a aussi à voir avec les mœurs et les règles.

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Après la conférence du 18 novembre 2010 – Avec Pierre-Yves Oudeyer, Responsable de l’équipe-projet FLOWERS à l’INRIA

Exploration, jeu et curiosité chez les robots

Pierre-Yves Oudeyer
Pierre-Yves Oudeyer

Un robot peut-il apprendre comme un enfant ?

Étant données un certain nombre de capacités innées, comment peut-il les étendre et apprendre de nouveaux savoir-faire sans l’intervention d’un ingénieur une fois qu’il est sorti de son "usine" ?

Comment un robot peut-il être curieux, ou apprendre au cours de ses interactions sociales avec des humains non-ingénieurs ? Ce sont les questions centrales de la robotique développementale et sociale.

La méthode consiste à s’inspirer des mécanismes de développement présents chez les enfants, et identifiés par la psychologie du développement, les neurosciences cognitives, et la linguistique cognitive.

Dans cet exposé, je présenterai un certain nombre d’exemples des défis de ce domaine de recherche, en particulier concernant l’apprentissage de savoir-faire moteurs et des rudiments du langage par un robot développemental.

Pour plus d’informations allez sur la page web de Pierre-Yves Oudeyer

 

Après la conférence du 16 décembre 2010 – Avec Denis Favennec, professeur de mathématiques spéciales au Lycée Montaigne à Bordeaux

Denis Favennec
Denis Favennec

"C’est trop vrai" : telle fut, selon la légende, la réaction d’Innocent X lorsqu’il découvrit son portrait, peint par Vélasquez en 1650. 
Sur la scène d’un tableau, dans l’espace d’une sculpture, d’étranges jeux voient le jour : le peintre mensonger joue avec les vérités du modèle - ou avec le désir du commanditaire ; l’idole décevante joue à l’image véritable ; le regard du spectateur est joué par l’artifice de l’artiste. Il semble donc qu’entre trompeur et trompé, le jeu soit bien réglé, et les rôles répartis longtemps à l’avance : commanditaire, artiste, œuvre et spectateur, chacun doit se tenir à sa place afin que l’illusion déploie ses prestiges désirés.

Voire... Car le jeu de l’art est plus subtil et moins codé qu’il ne paraît : le commanditaire, parfois, réclame la place du peintre ; le modèle peut, à bon droit, traverser son image et devenir spectateur ; il arrive que l’icône, même, se mue en simulacre et que les images sacrées provoquent des sentiments très profanes... Breughel, Michel-Ange, Titien, Vélasquez, Le Bernin, Manet, Duchamp - et bien d’autres encore : les artistes, et leurs oeuvres, ont souvent joué un jeu qu’on n’attendait pas, et dont cette conférence propose de découvrir quelques règles.

Portrait d'Innocent X
Portrait d'Innocent X

 

Après la conférence du 20 janvier 2011 – Avec Florence Ehnuel, Professeure de philosophie et psychothérapeute

Florence Ehnuel
Florence Ehnuel

L’amour un jeu ? une affaire légère ? un amusement ? Rien n’est moins sûr car l’amour est sérieux et nous fait prendre des risques.

Mais par d’autres aspects que la légèreté, l’amour peut être rapproché du jeu, de hasard ou de stratégie : nous chercherons quels sont ces aspects, nous verrons en quoi cette comparaison nous éclaire sur l’amour et, au passage, nous essaierons de préciser la nature profonde du ludique.

 

Après la conférence du 10 février 2011 – Avec Alexandre Largier, docteur en sociologie, responsable de recherches au sein d’une grande entreprise

Alexandre Largier
Alexandre Largier

Jouer sur Internet, c’est avant tout créer du lien. Cependant, il s’agit là d’un environnement particulier : distance géographique entre les personnes, utilisation de pseudonymes et de masques, existence de traits culturels spécifiques qu’il convient d’assimiler.

Dans ce contexte, nous nous interrogerons sur la manière dont se construisent les relations entre joueurs, sur ce qui caractérise ces relations et sur ce qui garantit leur relative pérennité.

 

Après la conférence du 17 mars 2011 – Avec Frédéric Koessler, chercheur au CNRS et professeur à l’École d’Économie de Paris

Frédéric Koessler
Frédéric Koessler

La théorie des jeux permet de modéliser et d’analyser mathématiquement les situations de décisions interactives (stratégiques). Dans cet exposé, nous ferons une présentation plutôt informelle de cette théorie (objectifs, historique, apports) et illustrerons certaines contributions historiques à l’aide d’exemples. Nous discuterons notamment de la différence entre la rationalité individuelle et l’optimalité sociale, de la coopération, de vote stratégique, de comportements aléatoires et de bluff.

 

Après la conférence du 28 avril 2011 – Avec Marc Auriacombe, Professeur de psychiatrie et addictologie à l’Université de Bordeaux 2

Marc Auriacombe
Marc Auriacombe

Le jeu pathologique est actuellement défini comme « une pratique inadaptée,
persistante et répétée de jeux d’argent qui perturbe l’épanouissement personnel, familial, ou professionnel ». La prévalence de cette maladie au sein de la population serait relativement proche entre les pays, et varierait entre 0.4% et 3%. En France, on estime que le jeu pathologique pourrait concerner de 500.000 à 1.000.000 de personnes de toutes les tranches d’âges.

Depuis ses premières descriptions contemporaines en 1929, les connaissances sur le jeu pathologique n’ont cessé de progresser aux niveaux cliniques, étiologiques et thérapeutiques. Depuis 1980 et la troisième révision du DSM (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux), ce phénomène est considéré comme un trouble du contrôle des impulsions. Dans le cadre de la révision du DSM et la préparation de la 5e version pour 2013, le jeu pathologique va être regroupé avec le spectre des addictions sur le modèle de la dépendance aux substances.

La question est de clarifier les similitudes et les différences entre le jeu pathologique et la dépendance aux substances, en s’interrogeant sur les spécificités du jeu pathologique. Plus particulièrement, il semble intéressant d’examiner dans quelle mesure les spécificités du jeu pathologique sont liées à l’objet d’addiction (le jeu d’argent et de hasard en soi) ou bien si elles s’appliquent au processus addictif (l’addiction en soi). En 2008, l’Inserm a publié une expertise collective sur les jeux de hasard et d’argent faisant une revue très complète de la littérature internationale sur le jeu pathologique.

 

Après la conférence du 16 juin 2011 – Avec Michel Laplénie, Directeur musical de l’ensemble Sagittarius

Musique (s ) et jeu (x )

 
Ces 2 termes éveillent chez le musicien pas mal d’échos, d’une part très concrets : jouer de la musique, jouer du violon, les jeux d’orgue etc et d’autre part plus subtils soit dans les formes des pièces musicales où la notion ludique intervient : jeu entre soliste et orchestre, jeu avec une partition originale : transcriptions, paraphrases, parodies, etc... soit dans la joute ludique entre la nature et la musique : musiques imitatives des bruits de la nature, musique à programme, etc... jeu avec l’acoustique d’un lieu : notion de double chœur, de pièces en écho surtout dans la musique vénitienne !

Et on évoquera dans la perspective du jeu de l’interprète la notion d’authenticité ou pas, d’objectivité par rapport à la partition et on terminera par quelques exemples de pièces musicales ayant le mot jeu dans leur titre : jeux d’eaux de Ravel etc...

 

Après le Samedi Théologique du 19 novembre 2010 – Avec Eric de Bonnechose, Pasteur de l’Église Réformée de France

Le texte biblique se constitue dans un jeu de construction ; il se comprend dans un jeu d’interprétations et d’actualisations.

Nous ferons une approche concrète à travers quelques exemples.
Sentir les décalages de regards, à travers les époques et les contextes, ce n’est pas se jouer du texte ni de Dieu : c’est laisser du jeu et du goût pour qu’un sens nouveau éclate.

 

Après le Samedi Théologique du 16 avril 2011 – Avec Jean-Pierre Nizet, Pasteur de l’Église Réformée de France

Le rouleau d’Esther multiplie les jeux de hasards.
Cette succession de hasards, de pourim, nous révèle que le miracle est parfois déguisé dans l’apparente banalité du quotidien. Nous comprenons alors pourquoi le rouleau d’Esther a donné naissance à une des plus grandes fêtes du calendrier juif.

Pourim, fête de libération et du « revirement du sort » que l’on célèbre par un festin, des déguisements, des cadeaux, des dons distribués aux pauvres et par de nombreux jeux spécifiques.

 

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