2009-2010 : Échanges, mais à quel prix ?

Image mise en avant Cycle 2009-2010

Crise financière, climat, pandémie… au cœur de ces phénomènes, un fait, familier et mal connu : l’échange.

Omniprésent dans la nature, la culture, la vie sociale sous quelles formes s’y trouve-t-il ? Avant son premier souffle, l’être humain échange avec son environnement. Sa vie est rythmée par les gestes de donner et recevoir. Le don gratuit n’est-il qu’une illusion ? Occupe-t-il au contraire une place centrale dans la vie sociale ? Ce qui anime la vie spirituelle, est-ce don, est-ce échange ?

Au quotidien, pris dans tant d’échanges, tantôt nous en jouons avec bonheur, tantôt nous en sommes les jouets.

Regards et masques, consentements et refus, paroles et communications, font une étrange trame. Pourrait-on refuser tout échange ? Pourquoi les plus criantes inégalités s’insinuent-elles dans les échanges ? Y a-t-il une fécondité des échanges ?

 

Après la conférence du 16 octobre 2009 – Avec Marcel Henaff, philosophe et anthropologue

 

Gratuité, réciprocité, marché

Marcel Henaff
Marcel Henaff

Socrate condamné proteste devant ses juges : on m’accuse d’être un profiteur ; or contrairement aux Sophistes, j’ai toujours enseigné gratuitement. - Il conclut : “La preuve que que je dis vrai c’est que je suis resté pauvre”.-

Paul quelque temps après son passage à Corinthe apprend que des prédicateurs douteux –des sortes de parasites- se sont imposés à la commnauté et dans une lettre qu’il adresse à celle-ci il donne comme preuve de sa prédication : “J’ai évité de vous être à charge... Aussi vrai que la vérité du Christ est en moi, jamais ce motif de fierté ne me sera ravi” [IICor, 11, 9-10]. -

Ces deux exemples nous donnent une idée de la grandeur reconnue à la gratuité dans l’arc des valeurs morales. Doit-on lui opposer la réciprocité ? Faut-il suspecter tout attente d’un don en retour ? Sénèque le dit ; les Evangiles également. Notre tradition tend à considérer toute transaction intéressée comme méprisable voire immorale. Nous ne pouvons cependant pas accepter un tel manichéisme. Il nous faudra comprendre dans quelles situations ce qui doit se donner ne doit pas se vendre et inversement pourquoi ce qui doit se vendre ne peut être donné sans injustice.

 

La joie du vrai

Marcel Henaff, professeur à l’Université de Californie à San Diego, et auteur d’un ouvrage intitulé Le prix de la Vérité (Seuil, 2002) a ouvert, jeudi 16 octobre, le cycle de conférences du Centre culturel Hâ 32 sur le thème des Echanges.

« La science est un don de Dieu, c’est pourquoi elle ne peut être vendue », disait un proverbe médiéval. C’est bien cette règle que respectent, année après année, les conférenciers invités par le Hâ 32. Sollicités pour répondre à l’une des questions retenues par la Commission-cycle, ils font, aux auditeurs réunis à l’occasion de l’une de ces soirées, le don joyeux et libre de leur savoir, organisé en un discours accessible, sans simplisme. Leur don joyeux ne se limite pourtant pas à celui de leur savoir déjà mis en forme. Il s’étend à prêter, aux questions et aux témoignages qui fusent du public pendant les quarante-cinq minutes de débat d’après conférence, une attention exigeante. Ils s’engagent à accepter sans réticence de s’exposer, d’exposer leur savoir, à la rencontre imprévisible de ce qui l’interpelle. Règle commune. Voici quelques jours, Marcel Hénaff —qui partage avec Michel Serres d’être un philosophe français enseignant aux Etats Unis— l’a suivie avec le plus grand bonheur. Mais qu’y aurait-il donc de si remarquable, dans le respect, même si joyeusement porté, qu’un conférencier accorde à la règle du Centre ? — à sa règle ? que dis-je, à son principe intangible !

Justement ceci : dans ses travaux, comme dans sa conférence, Marcel Hénaff a réfléchi sur la justification qui soutient, dans bien des cas, un tel principe. Non pas, bien sûr, là où il est la règle fondamentale d’une association culturelle comme le Centre Hâ 32, qui invite des conférenciers connus pour leurs travaux, à une intervention grâcieuse de quelques heures. Mais là où il joue le rôle de critère du vrai : ne peut-il y avoir de vrai que « hors marché » ? L’absolue gratuité d’un discours est-elle en toutes circonstances une exigence absolue ? L’argent « entretient-il des liens privilégiés avec l’erreur, le mensonge, l’illusion » ? Faut-il, avec Robert Musil décrivant le personnage d’Arnheim dans L’homme sans qualités, considérer qu’ « on l’écoutait parce qu’on pensait qu’il était beau qu’un homme qui avait déjà tant d’idées eût aussi tant d’argent » ?

Particulièrement attentif, comme il l’est aux écrivains, aux travaux du sociologue allemand Simmel, le philosophe Marcel Hénaff rappelle qu’il y a un « nouvel enjeu de liberté » dans le « pouvoir de payer ». Il a en effet fallu la modernité pour que, peu à peu, prenne sens la rétribution des compétences des gens de savoir, pour que le salariat, rémunération du travail, remplace les honoraires. Cette révolution tient à celle du statut même des savoirs : techniques, accessibles au plus grand nombre, transmis par l’intermédiaire d’un objet, le livre, ils relèvent du vrai au sens du vérifiable, et sont établis par un travail, selon les règles d’un métier. Or, « dans la cité de la division des métiers, le travail justement rétribué est ce qui assure la dignité et l’autonomie de chaque individu » (Le prix de la vérité, p 495). On comprend alors pourquoi « ce qui doit se vendre ne peut être donné sans injustice ». Ainsi, loin que le marché chasse définitivement le don, c’est le régime du salariat des professions, entre autres intellectuelles, qui libère ceux qui en bénéficient pour la pratique, occasionnelle ou régulière, mais toujours délibérément choisie, du don grâcieux d’un savoir. Est-ce seulement ce savoir là, qui se donne au cours des conférences ?

 

Qu’est-ce qui ne doit pas se vendre, et qu’est-ce donc qui se donne à être donné ? « Serait-ce donner ce qui a déjà été reçu et appelle à continuer le don » ? interrogeait déjà Marcel Hénaff dans Le Prix de la Vérité, p. 497. Faut-il, à cette question, donner sa réponse à la manière dont on la donnerait à une question de savoir, dont l’enjeu est le vérifiable ?

Souvenons-nous : à l’étonnement de certains, s’invitait tout soudain, au cours de la conférence de Marcel Hénaff, le thème de la joie, qui donne et se donne ; à l’heure de la conversation, un convive rappelait que, si tout est grâce, la grâce était peut-être de s’oublier.

Après le Midi-14h du 11 novembre 2009 – Avec Ollivier Joulien, Juge d’instruction, Enseignant à l’ ENM


Dans le cadre du cycle échanges mais à quel prix, vous avez bien voulu m’inviter à intervenir ce 15 octobre pour évoquer "le pacte de corruption".
A cette occasion j’ai fait état d’un article à paraître dans le journal "Le Monde"

Je vous laisse le soin d’aviser les participants à cette réunion de la parution de cet article dont voici les liens utiles :

Ollivier Joulin

 

Après la conférence du 19 novembre 2009 – Avec Jean-Marc Lévy-Leblond, physicien et essayiste

 

Jean-Marc Lévy-Leblond
Jean-Marc Lévy-Leblond

On commencera par en appeler aux occurrences, peu nombreuses mais non
moins intéressantes, du terme "échange" dans le langage spécialisé de
la physique. Il sera donc question d’échanges d’énergie, de matière,
de signaux, la notion ayant quelque importance tant pour certains
problèmes technologiques (informatique), qu’écologiques (climatologie)
et que théoriques (forces fondamentales).

Mais on s’intéressera ensuite, et plus profondément, à la question de l’échange — d’idées, de valeurs, de questionnements — entre le monde scientifique et son environnement social, ou, plus concrètement, entre les chercheurs et les profanes.

Le problème-clé, dans cette situation par essence dissymétrique, est alors celui de définir et instaurer les formes de réciprocité que sous-tend la notion même d’échange.

Après la conférence du 11 décembre 2009 – Avec Pierre-Yves Geoffard, économiste, directeur de recherche au CNRS

 

Pierre-Yves Geoffard
Pierre-Yves Geoffard

Destiné à faciliter les échanges commerciaux, l’argent a rapidement débordé les fins qui lui étaient assignées, et s’est imposé comme le modèle même de la valeur d’échange.

Pourquoi et comment la monnaie a-t-elle acquis une fonction centrale dans tout ce qui touche à l’échange ? Nous tenterons de répondre à cette question du point de vue de l’économie, en dévouvrant tout ce que recèle l’usage de l’argent.

Nous parlerons d’argent, assurément ; mais nous évoquerons aussi le Magnificat de Bach, qui a un rapport direct avec la théorie économique de la monnaie.

Et nous verrons le rôle-clé de la confiance, des anticipations, et des difficultés qu’elles peuvent avoir à se coordonner ; des bulles financières (à partir du moment où on crée de la monnaie, elle est stockable d’une période sur l’autre, et donc sujette à spéculation...) ; des tulipes en Hollande et des anticipations auto-réalisatrices.

Quel prix sommes-nous prêts à payer pour avoir de l’argent ? Voilà, en somme, ce que nous tenterons de savoir.

Après la conférence du 22 janvier 2010 – Avec Nadine Lavand, professeur de philosophie

 

Nadine Lavand
Nadine Lavand

Le libre échange suffit-il au bien commun ?

 
Les technologies de l’esprit sont aujourd’hui le domaine où cette question se pose de la manière la plus aiguë. C’est aussi la préoccupation première de l’association internationale pour une politique industrielle des technologies de l’esprit, Ars Industrialis, fondée par Bernard Stiegler.

Conférence du 18 février 2010 – Avec Cécile Arnaudin, Maître de conférence à l’Université Bordeaux 4

 

Cécile Arnaudin
Cécile Arnaudin

Le consentement a toujours constitué un élément majeur de l’échange juridique et plus particulièrement de l’échange contractuel. Il a donc fait l’objet d’une attention particulière de la part du législateur qui s’est intéressé à sa manifestation et à son intégrité en consacrant notamment la théorie des vices du consentement (consentement erroné, obtenu par tromperie ou par violence).

Ce consentement très autonome à l’origine a toutefois fait l’objet d’un encadrement de plus en plus rigoureux afin de protéger certains contractants considérés comme des profanes face à des professionnels très au fait de l’engagement contractuel ( comme en témoigne par exemple l’évolution du cautionnement).

Par ailleurs le consentement s’est réduit dans certains domaines à une simple adhésion à des conditions contractuelles préétablies.

Que reste-t-il alors aujourd’hui du consentement dans l’échange ?

Après la conférence du 18 mars 2010 – Avec Isabelle Grellier, Professeur de Théologie pratique à l’ Université de Strasbourg

 

Isabelle Grellier
Isabelle Grellier

Donner-recevoir-rendre : la valse à trois temps que Marcel Mauss a discernée et analysée à propos du don se jouerait-elle aussi dans la relation des humains avec Dieu ?

La Réforme protestante a placé en son cœur l’affirmation que l’être humain est « justifié par la grâce seule ». Cette affirmation peut-elle encore faire sens aujourd’hui ?
Elle se heurte en tout cas à deux difficultés : d’une part le fait que notre question centrale n’est plus celle du salut après la mort, mais celle du sens de la vie ; d’autre part la vive méfiance à l’égard de la notion de gratuité que la société actuelle développe et suscite.

Nous interrogerons diverses compréhensions de la relation de l’homme avec Dieu pour essayer de comprendre ce que coûte, et à qui, une existence régie par la grâce !

Des échanges, mais à quel prix ? La question vaut aussi dans le registre de la foi !

Après la conférence du 15 avril 2010 – Avec Patrick Gonin, Professeur de géographie, membre de l’UMR CNRS MIGRINTER POITIERS

 

Patrick Gonin
Patrick Gonin

L’envoi d’argent : de l’initiative privée aux politiques publiques nord et sud

Les migrations comme enjeu.

Après la conférence du 20 mai 2010 – Avec Jean-Claude Guillebaud, Écrivain et journaliste

 

Jean-Claude Guillebaud
Jean-Claude Guillebaud

Nous sommes au commencement d’un monde.

Vécu dans la crainte, ce prodigieux surgissement signe la disparition
de l’ancien monde, celui dans lequel nous sommes nés. Pourtant, la
sourde inquiétude qui habite nos sociétés doit être dépassée. Le monde
« nouveau » qui naît sous nos yeux est sans doute porteur de menaces
mais plus encore de promesses. Il correspond à l’émergence d’une
modernité radicalement « autre ».

Elle ne se confond plus avec l’Occident comme ce fut le cas pendant quatre siècles.

Après le Samedi Théologique du 28 novembre 2009 – Avec Jean-Pierre Nizet, Pasteur de L’Église Réformée de France

 

Petite étude de Genèse 28,10-22

Depuis ses premières représentations dans l’art rupestre, l’échelle a toujours symbolisé le passage d’un monde à un autre. Passage mais surtout ascension. Les rites funéraires égyptiens (des amulettes figurant une échelle étaient déposées dans les tombes), les mystères de Mithra, la mystique chrétienne, ont fait de l’échelle un pont qui permet d’accrocher le ciel.

Dans le songe de Jacob, le sullam, terme hébreu que nous avons traduit par le mot échelle, représente davantage la permanence des échanges entre ciel et terre.

Plus encore, le sullam est le lieu où Dieu s’approche de l’homme et lui adressant cette parole "je suis avec toi", le délivre de ses prétentions verticales

Après le Samedi Théologique du 17 avril 2010 – Avec Elena Lasida, Maître de Conférences à L’Institut Catholique de Paris

 

Cet atelier a étudié la différence entre « alliance » biblique et « contrat » marchand considérés comme deux modèles différents d’échange.

C’était un travail de réflexion surtout à partir de Genèse 9,9-18 : l’alliance entre Dieu et Noé

 Bibliographie d’Elena Lasida :

  • Notre mode de vie est-il durable ? Nouvel horizon de la responsabilité
    Paris, Justice et Paix France - Karthala, 2006
  •  L’interculturel, un défi pour les Institus Religieux.
    Paris, Justice et Paix, 2008

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