2016-2017 : Communiquer, Échanger, Transmettre

Image mise en avant - Cycle 2016-2017

Communiquer, échanger, transmettre, tels sont les mots-clés qui vont guider nos activités pour 2016-2017.

De l’échange à l’échelon de deux personnes à la communication en direction des foules, des apprentissages les plus frustes à la transmission des savoirs les plus élaborés, ces mots-clés résonnent pour chacun de nous.

Le parcours proposé nous invite à musarder dans les domaines variés, surtout axés sur la communication, mais ouvert à des préoccupations politiques et éthiques.

Nous aborderons des sujets aussi variés que la communication entre l’espèce animale et l’espèce humaine ; et entre humains, lorsqu’un handicap modifie les modalités et les moyens de cette communication ; le coaching, comme moyen de retrouver certaines transmissions inconscientes ; la communication par le dessin.

Dans le courant de l’année, le Centre Hâ 32 organisera aussi des ateliers à visée d’approfondissement théologique.

L’accès aux activités organisées par le Centre Hâ 32 est ouvert à tous !

Conférence du 6 octobre 2016 – Les contraintes de le communication et le discours médiatique avec Marie-Christine Lipani, Directrice adjointe de l’Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine

 

Qu’est ce que communiquer aujourd’hui à l’ère numérique ?
Serions-nous désormais passés d’une communication d’être humain à être humain, à une communication orchestrée, encadrée et dominée par la technologie et notamment par les réseaux sociaux ? Une autre forme de communication, parfois artificielle, ponctuée par de nouveaux repères et dont le sens est encore à chercher …. Dans ce contexte renouvelé, comment les mots et les discours conservent-ils leur légitimité et comment les discours des médias signifient-ils encore ?
Cette communication prenant appui, entre autres, sur les principaux concepts sur lesquels s’organisent les Sciences de l’information et de la communication, questionne en priorité le sens et l’ordre du discours (Michel Foucault, 1971) et plus spécifiquement la construction du discours médiatique.

Marie-Christine Lipani
Directrice adjointe de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine

Conférence du 17 novembre 2016 – Communication et publicité, quelle place pour l’éthique ? avec Alain Gross, Directeur général d’Aggelos agence de conseil en communication


Alain Gross propose de réfléchir sur la question de l’éthique dans la communication et la publicité à partir de situations vécues. Au cours de son expérience de 20 ans de dirigeant fondateur d’une agence de communication, lui même et son équipe ont accepté d’être confrontés à cette question. Quels enseignements tirer de cette expérience ? Peut-être pas beaucoup de réponse en tout cas des expériences de vie professionnelle qui font grandir.

Midi-14 du 12 janvier 2017 – Ce que nous communique la ville avec Ingrid Ernst, Urbaniste comparatiste

 

« La cité est un discours, et ce discours est véritablement un langage : la ville parle à ses habitants, nous parlons à notre ville, la ville où nous nous trouvons, simplement en l’habitant, en la parcourant, en la regardant ».
Roland Barthes

L’idée que les lieux s’expriment, communiquent par signes dans un espace, peuvent donc être « lus » comme le texte sur une page, est très ancienne : pour les religions monothéistes, le monde est un livre et le livre est un territoire d’appartenance.

Au cours des années soixante-dix du XXème siècle, le caractère textuel, langagier des villes a été mis en évidence à travers les études des représentations par leurs habitants, puis ces préoccupations ont été oblitérées par la dynamique virtualisante de la production urbaine globalisée.

En effet, dans la spéculation immobilière et l’urbanisme opérationnel actuels, ce sont les acteurs décisionnaires qui communiquent sur la ville et la façonnent par son image, en amont de sa mutation. Par l’analyse articulée du devenir des villes et des livres, je voudrais démontrer comment cette communication actuelle des acteurs, peut capter et vider de son sens profond, ce que la ville concrète, existante communique.

Il s’agit ici de considérer le devenir métropolitain mondialisé comme un processus de détachement de la ville non seulement à l’égard du réel de la vie matérielle des fonctions et des flux, mais aussi à l’égard de l’expression virtuelle des valeurs et du spirituel.

Cependant, depuis peu, l’idée d’une communication autonome des lieux, lisible par ceux qui les fréquentent, reparaît dans les études sur la « ville sensible » dans les nouvelles démarches de développement urbain, appuyée par l’intérêt récent pour les compétences cognitives de « lecture » du monde, des territoires. Mais est-ce alors un nouveau mode de communication paradoxale ou une contribution aux liens d’appartenance des individus à leurs lieux de vie ?

Exemples et images de nombreuses métropoles à l’appui (dont évidemment Bordeaux), cette exploration des mécanismes de ce que nous communique la ville, débouchera sur quelques pistes proposées, tant en ce qui concerne le texte et sa transmission que l’habitabilité du territoire urbain.

Conférence du 9 mars 2017 – Pédagogie et transmission avec Roger Morel, Professeur agrégé d’histoire, enseignant d’établissement supérieur du professorat et de l’éducation


Le propos porte sur les méthodes pédagogiques après la révolution du constructivisme depuis 1969.
Le modèle magistral et transmissif a été totalement abandonné dans le primaire en 1969 et de plus en plus, progressivement, dans le secondaire. On parlera donc de la "séquence d’apprentissage" qui n’est pas une leçon. Le rôle du maitre est totalement transformé.
D’autre part les programmes ont régulièrement évolué, suscitant des polémiques. Les écoles historiques ont exercé leur influence, surtout les Annales à partir du magistère de Fernand Braudel dans les années 1960. Depuis le débat, parfois aigre, n’a cessé au sujet du "roman national".
La transmission ce sont aussi les humanités, la fameuse culture humaniste de l’école républicaine. Quel est le poids et la valeur de la culture générale au temps de l’internet ?
Donc l’essentiel sera le constructivisme d’une part, la culture générale à l’école démocratisée d’autre part.

Roger Morel

Conférence du 18 mai 2017 – La vie sociale du Sourd avec Vincent Tonizzo, Sourd, magicien, étudiant en mathématiques


La vie sociale du Sourd
Conférence inédite organisée par le Centre Hâ 32 pour un public entendant et non entendant.
L’intervenant Valentin Tonizzo, homme jeune aux multiples compétences et hobbies, sourd de naissance s’exprimant en langue des signes française (LSF), qui à la fin de son exposé participera à un échange avec le public.

Un interprète traduira en langage oral toute expression en Langue des Signes Française et en Langue des Signes Française tout langage oral.

Le déroulement de l’exposé :

  • Explication de termes liés au monde Sourd
  • L’histoire Sourde , les grandes périodes
  • Les deux mondes opposés
  • Le témoignage personnel
    Naissance : un Sourd parmi nous…
    Enfance : la réalité des rêves
    Adolescence : pas comme les autres…
    Aujourd’hui : l’Homme militant…
  • D’autres témoignages rapportés.

Échange avec le public

Après le samedi théologique du 14 janvier 2017 - Retransmission du cours sur le salut donné par le Professeur Valérie Nicolet de l’ Institut Protestant de Paris

 

Nous étions une vingtaine de personnes réunies au Centre culturel Hâ 32 à Bordeaux pour écouter la retransmission du cours donné à l’Institut protestant de théologie de Paris par Valérie Nicolet, professeur de Nouveau Testament et de grec post-classique.

Pour aborder l’exercice, nous étions invités à prendre conscience de ce que nous mettions nous-mêmes derrière la notion de salut, de manière à ce que cette sorte de préjugé ne vienne à notre insu ajouter à ce que disent réellement les textes originels.
En français, le mot salut a une double acception : il désigne la salutation et le fait d’être sauvé. Dans les textes du Nouveau Testament, la notion de salut est donnée soit par le verbe « sôtzô », soit par le nom féminin « sôtêria », soit par l’adjectif substantivé neutre « sôtêrion ». Toutefois ces mots sont peu utilisés, sauf le verbe, qui implique une dynamique, et souvent la notion de salut est rendue par d’autres concepts comme liberté, justification, vie, réconciliation, royaume de Dieu. Mais force est de constater que le concept de salut ne joue pas un rôle fondamental dans le Nouveau Testament.
Plusieurs observations s’imposent :
Les bénéficiaires du salut sont autant des individus que la communauté. Pour les individus, le salut se présente comme la libération d’une puissance négative : guérison du malade, du possédé ou de l’infirme, le plus souvent dans un récit de miracle. Pour la communauté, le salut est exprimé soit comme une restauration du royaume d’Israël, dans ses dimensions politique et sociale de suppression des inégalités (Matthieu, Marc, Luc et Apocalypse), soit comme ouvert aux Nations, également appelées à faire partie du peuple de Dieu, sans devoir devenir juif (Paul).
Les agents du salut sont multiples. Après la résurrection, les disciples sont envoyés poursuivre l’enseignement de Jésus. Pierre est également chargé d’assurer cette continuité. Paul, qui n’est pas disciple, comprend également sa mission comme un prolongement de l’enseignement de Jésus. Il insiste sur le rôle de Jésus comme médiateur du salut, dans la restauration de la paix (shalom) avec Dieu. Les croyants manifestent également par leur conduite leur appartenance à la Bonne Nouvelle.
La nature du salut s’exprime de manière diverse, par référence soit à un contexte judiciaire (le jugement) soit à un contexte rituel de rétablissement de l’Alliance. Cette nature s’exprime selon deux modes principaux, qui, dans les textes, ne sont ni séparés ni exclusifs : une affirmation d’un salut présent (cf Jean I,9-14) ou celle d’un salut venant à la fin des temps et précédé d’un jugement (Matt XXV, 12)
Sur les moyens du salut, le Nouveau Testament comporte des différences irréductibles. Si Jean insiste sur la rencontre du croyant avec la Parole, Matthieu fait des œuvres le critère du jugement, tandis que Paul fonde le salut sur la justification par le foi, dépendant de l’initiative de Dieu.
Au cours du premier siècle, à l’époque où les différents textes ont été écrits, il existait des tensions fortes entre les communautés sur la manière de comprendre l’enseignement transmis oralement jusque là. Lorsqu’au IVème siècle, on a écarté certains textes, cette grande diversité a été réduite, mais elle n’a pas été supprimée.
Un déjeuner partagé a permis de prolonger les échanges dans la bonne humeur et l’écoute

Samedi Théologie du 11 février 2017 - Retransmission de la conférence du Professeur Valérie Nicolet Le salut (étude de textes)

 

L’Evangile selon Jean

Ce texte est un texte de la fin du Ier siècle (90 AD), donc un texte tardif du corpus néotestamentaire.
Il a été composé au sein d’une communauté rassemblée autour d’un disciple présenté comme le « disciple bien-aimé », mais non nommé, qui a pu fournir des traditions et des récits. Il s’agit d’un texte anonyme qui a été attribué à l’apôtre Jean, figure connue et importante.
L’Evangile, après le prologue, s’articule en deux parties :
La première partie (chapitres I à XII) relate sept miracles (transformation de l’eau en vin à Cana, guérison du fils de l’officier royal, guérison du paralytique, multiplication des pains, marche sur la mer, guérison de l’aveugle, résurrection de Lazare), présentés comme des signes (semeia), qui fonctionnent pour signaler ou montrer quelque chose à propos de l’identité de Jésus. Ces signes sont complétés par la manière selon laquelle Jésus se présente (Je suis…). Il y a un lien entre les signes et les paroles, en vue de l’établissement de l’identité de Jésus.
La seconde partie (chapitres XIII à XX) est suivie d’un épilogue (chapitre XXI).
Cette partie décrit le cheminement de Jésus vers la croix, cette présentation de Jésus s’adressant aux disciples et aux croyants. Il y avait, en effet, une difficulté de compréhension de la croix pour les disciples, car il s’agissait d’une mort infamante. L’Evangile selon Jean propose de la comprendre par la glorification de Jésus, par la manifestation de la présence de Dieu sur terre et par le mouvement de retour vers le Père.
Il y a un mouvement d’abaissement, celui du Verbe qui descend sur terre puis un mouvement d’élévation : montée sur la croix, glorification et retour vers le Père. Ainsi, la croix n’est pas vue négativement mais comme l’étape de la glorification et du retour vers le Père.
Si ce texte a donné lieu à des interprétations docétiques, il faut observer que néanmoins, « Jean » insiste sur la corporalité du Christ.
L’évangéliste garde l’espérance d’un retour imminent de Jésus, mais cette espérance est accompagnée de la conviction que le Christ habite déjà dans les croyants, ceux qui reconnaissent la messianité de Jésus et sa présence en eux. Au chapitre III, l’évangéliste opère à l’égard du jugement, normalement repoussé à la fin des temps, un transfert au temps présent.
Au verset 14, la référence à Moïse (Nombres XXI, 8-9) mettant en hauteur le serpent brûlant, met en parallèle l’élévation du serpent et celle de Jésus sur la croix : idée de préservation de la vie de ceux qui ont regardé le serpent et ont été mordus par lui, présentation du salut comme une préservation de la vie.
Le verset 15 pose comme condition pour garder la vie la croyance en Jésus comme incarnation de Dieu sur terre.
Selon les versets 16 et 17, le jugement se joue dans l’attitude de la personne envers Jésus.
D’après le verset 18, ceux qui croient ont déjà fait face au jugement et n’ont plus besoin d’être jugés. La rencontre avec Jésus peut se faire avec le Jésus vivant et, après son départ, avec la Parole, ce qui ouvre à un plus grand nombre de personnes et même leur confère un « statut » supérieur, pour avoir cru sans avoir vu. Cette démarche permet d’assurer la continuité : la foi en Jésus Christ, à travers la rencontre par la Parole, est le critère définitif de ceux qui sont sauvés.
Les versets 20 et 21 montrent que les croyants n’ont plus à craindre le jugement futur : la foi les en préserve.
Ce texte s’adresse à une communauté bien limitée, qui croit déjà que Jésus Christ est le Messie, et construit les conséquences de la croyance pour la durée. Ceux qui sont dans la lumière seront sauvés. Il n’y a aucune préoccupation des autres qui sont condamnés, ni d’un salut universel.
La communauté johannique se préoccupe du salut de ses propres membres, et non du reste du monde. Il s’agit d’une communauté repliée sur elle-même.
La personne historique de Jésus est essentiellement connue par la crucifixion. Les premiers textes qui se rapportent à Jésus datent des années 70, et l’Evangile selon Marc a été écrit 40 ans plus tard. Il s’agit d’un mise par écrit de traditions orales ou de récits au sujet de Jésus, témoignages de la première voire de la deuxième génération de disciples. Ces textes constituent de la sorte des interprétations. En fait, on ne sait rien de la manière dont Jésus lui-même s’est conçu. Ceci explique les contrastes entre Jean et Marc : pas de récit d’enfance : Jésus est reconnu comme Christ lors de son baptême par Jean le Baptiste : il n’y a pas d’enfant divin, mais une christologie d’adoption.
L’Evangile selon Jean présente une christologie haute : le Verbe participe à la création et est incarné en Jésus. Cet élément est davantage révélateur des communautés que de Jésus.
L’heure du jugement se joue à l’époque de Jésus et surtout à chaque moment où la Parole est proclamée et où les hommes croient par l’écoute de celle-ci. Le moment décisif du jugement est celui de la rencontre avec Jésus (ou de la rencontre du message à propos de Jésus) ; chaque proclamation du message reproduit une occasion de jugement.
Sur la question de la fin des temps, les rédacteurs sont tributaires des croyances apocalyptiques juives. Chez Jean, l’idée de résurrection, de revivification, de vie éternelle est transférée au moment présent pour les croyants en Christ (ch III).
Les versets 33 à 36 apportent une clarification par le bouche de Jean Baptiste « Celui qui met sa foi dans le Fils a la vie éternelle » Le jugement opère en faveur de celui qui met sa foi dans le message de Jésus (texte reçu de manière orale, car alors peu accédaient à la lecture). Celui qui reconnaît Jésus comme fils de Dieu a déjà reçu la vie éternelle : il ne connaîtra pas la mort. L’Evangile atténue l’importance du jugement final et du retour de Jésus. De plus, si les croyants ont déjà la vie éternelle, ils doivent le rendre visible dans la vie de la communauté. Le don de la vie éternelle n’est pas lié aux actions, mais à la foi. Mais ceux qui reçoivent l’amour du Christ doivent le manifester dans (par) l’amour au sein de la communauté.
En résumé, il convient de relever trois éléments :
 le salut est fortement lié au jugement actualisé dans la rencontre avec Jésus ou avec la Parole, le Paraclet assurant la continuité de la présence de Jésus ;
 le salut s’assimile à la vie éternelle qui commence dans le présent, dans la vie du croyant ;
 le salut se marque par une relation d’amour entre le croyant et Dieu et entre les croyants eux-mêmes.

L’Evangile selon Matthieu

Cet évangile a été rédigé à la fin du Ier siècle, vers 80. Suivant le schéma apocalyptique juif traditionnel, il développe l’idée que le jugement final est basé sur les œuvres de chacun. Tous les croyants ressusciteront au jugement, ceux qui auront accompli des œuvres bonnes seront sauvés, les autres seront damnés. De ce schéma ont été construites les notions de paradis, d’enfer, puis de purgatoire. Ce schéma a eu un impact artistique dans la représentation du jugement final, et particulièrement des damnés.
Cet évangile a une structure analogue à celle de l’évangile selon Marc et partageait avec l’évangile selon Luc une autre source qui n’est pas connue.
L’évangile selon Matthieu émane d’une communauté en tension avec le judaïsme traditionnel, mais cherchant à y trouver sa place. (Au Ier siècle, le judaïsme présentait une grande diversité.) Cette communauté prétendait être la meilleure version du judaïsme authentique.
Ainsi, l’évangile présente Jésus dans la suite de Moïse, voire comme un nouveau Moïse. Il utilise des motifs traditionnellement associés à Moïse : Moïse est monté sur la montagne et a reçu la Loi, Jésus monte sur la montagne, reprend et réinterprète la Loi. La messianité de Jésus est renforcée par l’accomplissement de miracles.
Ainsi, au chapitre IX, deux miracles permettent de comprendre les notions de foi et de salut.
Aux versets 1 à 8, on voit un paralytique couché sur son lit auquel Jésus dit : « Lève-toi, prends ton lit… » Aux versets 20 à 22, une femme affligée de pertes de sang touche le vêtement de Jésus qui lui dit « Ta foi t’a sauvée »
Dans ces récits, le point commun est que le salut vient par la Foi. Il n’y a pas de pardon des péchés. Il y a un lien entre salut et guérison. Le salut se joue au moment final, mais le miracle est déclenché au moment où Jésus « voit » la foi de ceux qui amènent le paralytique, sans demande de ces derniers : leur foi, c’est leur confiance en la capacité de Jésus d’accomplir un miracle. Cet élément est à rapprocher du passage du chapitre VIII relatif à la foi du centurion romain. Celui-ci dit que Jésus n’a pas besoin de venir chez lui : il manifeste sa confiance dans la capacité et l’autorité de Jésus. Dans ces cas, maladie et infirmité sont compris comme des manifestations du péché, et Jésus a autorité sur les puissances du Mal pour contrôler les manifestations du péché. Ainsi le récit de la tentation montre Jésus résistant à Satan et se montrant supérieur à lui. Même si elle est particulière à Jésus, l’autorité est transmise à ses disciples, dans la mesure où elle est exercée au nom du Christ.
Pour Matthieu, Jésus est d’abord un humain et le Messie juif, dans la suite de Moïse et de David. Sa mort ouvre une ère apocalyptique (les tombeaux s’ouvrent, les morts ressuscitent, l’idée de la fin est exprimée).
La notion de liberté n’apparaît pas réellement : l’homme est vu comme ayant toujours un maître qui donne son identité à l’esclave : il est à Dieu ou il est au Malin. L’autorité de Jésus s’exerce sur les personnes maléfiques et permet de faire cesser les dangers qu’elles apportent. Le salut se manifeste dans le temps présent par la guérison (cf le paralytique, la femme affligée de pertes de sang : elle est sauvée par sa confiance en Jésus, sans avoir à se soumettre aux rites de purification prévus par l’Ancien Testament.
De même au chapitre VIII, en tant que Messie, Jésus contrôle les manifestations du péché : il a pris l’infirmité, il s’est chargé de nos maladies. L’élément caractéristique du salut, c’est la fin des infirmités. On constate que Matthieu raccourcit le récit de Marc : chez Matthieu, la femme ne cherche pas à être guérie, mais à être sauvée ; le salut est accordé sur la base de la foi. Matthieu ne mentionne pas que le mal s’arrête, contrairement à Marc qui fait un lien entre la guérison et le salut.
A la différence du Lévitique (XV, 25 à 30) sur les souillures possibles de la femme et les rituels de restauration et de réintégration de la société normale, Matthieu pense que l’ère messianique permet la participation au salut de ceux qui ont la foi, sans exclusion. Toutefois, Matthieu conserve la perspective d’un jugement futur : l’inauguration du règne de Dieu par Jésus ne transfère pas le jugement dans le temps présent ; la foi permet d’être « restauré » et de se préparer au jugement final. On comprend alors mieux la question des disciples (XIX, 12, 13) la réponse de Jésus (difficulté pour le riche d’être sauvé, comme pour le chameau de passer par le trou d’une aiguille) indique que la foi ne garantit pas le salut au jugement final. Pour Dieu, tout est possible : sa souveraineté est absolue en matière de salut, mais il laisse aux hommes une liberté de choix (les disciples avaient fait celui de tout abandonner pour suivre Jésus, non seulement ils seront sauvés, mais ils participeront au jugement des 12 tribus d’Israël). La vie éternelle est une notion future. Par là, l’évangile se rattache à la conception traditionnelle apocalyptique juive.
Quand le texte est écrit, la communauté chrétienne d’origine est minoritaire et en rupture avec le judaïsme. Le texte justifie le rejet de l’unité du clan ou de la famille, fondamentaux au Ier siècle, et avance que la communauté chrétienne va remplacer la communauté familiale disparue. (On peut faire ici un parallèle avec le célibat des prêtres ou le monachisme). Il n’y a pas d’aspect individuel du salut : cette notion était difficile à concevoir au Ier siècle, tant est fort le lien avec la communauté d’appartenance : ainsi, quand Lydie se convertit, elle-même, mais aussi toute sa maisonnée sont baptisés.


L’épître de Paul aux Romains

Cette épître a été écrite vers l’année 50, à l’époque de la fondation des premières communautés. La communauté de Rome existait avant la mission de Paul ; elle est sans doute née à partir d’un groupe de juifs de la diaspora, assez rapidement après la mort du Christ. Paul, après avoir fondé des communautés sur les confins orientaux de l’Empire, aimerait créer à Rome une base pour évangéliser l’Espagne, part occidentale de l’Empire. Il souhaiterait donc être bien accueilli à Rome et être aidé concrètement par la communauté pour réaliser son projet. L’épître est ainsi, à la fois, une somme théologique, mais aussi un écrit de circonstance destiné à préparer la communauté à sa venue et à amener celle-ci à l’aider. Pour avoir été persécuteur des chrétiens et n’avoir pas été disciple, Paul n’a pas une grande légitimité. Il doit convaincre les Romains qu’il n’est pas dangereux et qu’ils ont des éléments en commun.
Dans la première partie, Paul pose les éléments communs. Il insiste sur la fidélité de Dieu aux promesses qu’il a faites. Après avoir évoqué (ch. I à III) les raisons pour lesquelles l’humanité a besoin d’être sauvée, Paul (ch. V) montre comment Jésus apaise la colère divine et apporte une forme de salut. L’évènement du Christ apporte la paix (v.1), met fin à la colère de Dieu contre l’humanité. On est dans un contexte apocalyptique : Dieu donne libre cours à sa colère, la mort du Christ est le sacrifice d’expiation. Ce qui est exceptionnel, c’est que le Christ accepte de mourir pour les méchants. Le sang versé rachète les pécheurs, apaise la colère divine et permet la réconciliation. Paul montre le Christ comme suprêmement obéissant, acceptant de mourir en croix par fidélité au projet divin. La conséquence pour les hommes est la possibilité d’un nouveau rapport avec Dieu, la capacité de se comporter d’une nouvelle manière, parce qu’on est sauvé. La mort du Christ permet la réconciliation ; une fois réconcilié, on sera sauvé (l’évènement est à venir). Paul établit une différence entre la réconciliation, déjà produite, et le salut (sotzô) qui dépend de la résurrection. Le salut se produira à la toute fin et inclut les nations dans le peuple de Dieu. L’homme est libéré du péché (le déjà), mais la nouvelle vie est à venir (pas encore). Paul insiste sur la dimension présente exprimée par le langage de l’esclavage : le salut implique un changement de maître. L’homme n’est jamais entièrement libre : il sert un maître, le mal ou la justice. On n’est pas ici dans le « simul justus, simul peccator » de Luther. Pour Paul, on ne peut servir qu’un maître. Le croyant n’a de liberté que pour construire une communauté au service de la justice. Paul n’oppose pas le corps et l’esprit : on a un corps, mais, sous l’esclavage du péché, on ne peut utiliser son corps de manière conforme à la justice. Mais quand on est esclave de la justice, on peut utiliser son corps pour le bien. Paul ne promeut pas l’idée qu’il faut renoncer au corps.
Ce qui est fondamental, c’est de ne pas retourner sous l’esclavage du péché. On est entré dans l’ère messianique et ce qui est à venir, c’est une nouvelle création, avec une restauration complète et un nouveau corps. Si on devient pécheur, on met en cause l’ère messianique. Il faut marque dans la vie interne de la communauté chrétienne la nouvelle identité de justice. Il y a une compréhension communautaire du salut, avec une dimension éthique : la façon de vivre en communauté et de traiter son prochain. L’incarnation du salut dans la communauté se fait de manière très concrète. Le salut de l’âme individuelle n’est pas envisagé. Pour Paul, il est important que les communautés manifestent qu’elles sont des communautés eschatologiques : un aspect concret et un signe fort est représenté par les repas communs entre juifs et chrétiens.
Paul était convaincu que la fin des temps interviendrait avant sa mort.
Vers 50, un édit de Claude bannit les juifs de Rome. Lorsque l’édit est rapporté et que les juifs reviennent à Rome, les communautés chrétiennes sont majoritairement composées de non-juifs et les juifs sont mal accueillis. Paul encourage la communauté à bien accueillir les juifs.
Après la mort de Paul, la littérature paulinienne cherche à faire face au fait que la fin des temps n’est pas survenue.

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